Publié par : Goéland | 16 septembre 2009

Ca faisait longtemps…

Je suis tombé aujourd’hui sur un article de Libération.fr (oui, je lis Libé, il faut toujours savoir ce que pense l’ennemi !), qui a avidement sauté sur un sondage de Pèlerin, sur le divorce vu par les catholiques. Il va de soi que Libération n’a repris que les chiffres qui les intéressaient (c’est-à-dire ceux qui permettent de taper, une fois n’est pas coutume, sur l’Église), et a abandonné la réflexion de Pèlerin.

I. Ce que disent Libération et le Pèlerin

Je ne prétends évidemment pas que les articles de Pélerin disent la vérité, mais au mois ils ont l’honnêteté de donner la plupart des informations nécessaires à la compréhension du problème. Ce n’est pas vraiment le cas de Libé :

Huit catholiques sur dix estiment que «l’église devrait adopter une attitude plus souple à propos du divorce pour tenir compte de l’évolution des mœurs».

Les Français se déclarant catholiques divorcent autant que la moyenne de leurs compatriotes (17%) et se remarient dans les mêmes proportions (5%).

Les catholiques pratiquants réguliers (qui vont au moins une à deux fois par mois à la messe) divorcent moins (13%).

Toutes confessions confondues, un retraité sur 5 a divorcé et la moitié d’entre eux a refait sa vie par remariage ou union libre, selon le sondage. «C’est un chiffre explosif dans la mesure où les retraités forment la majorité des catholiques pratiquants», écrit l’hebdomadaire.

Pardon, là, je ne peux pas m’empêcher de réagir.  Statistiquement, c’est ridicule. Il serait plus intelligent de dire : « C’est un chiffre encourageant, dans la mesure où les retraités vont bientôt mourir. Donc, dans quelques années, les catholiques seront moins divorcés, et ils pourront donc mieux comprendre la position éclairée de l’Eglise ». Pardon pour cet apparté, revenons à nos moutons de Libération.

Enfin, 79% des Français, et la même proportion de catholiques, estime que «l’église devrait adopter une attitude plus souple à propos du divorce pour tenir compte de l’évolution des mœurs».

Je suis gentil, je ne vous ai pas mis l’intégralité de l’article, je crois que c’est un péché de lire Libé trop longtemps. Mais presque tous les chiffres cités, tous les avis donnés ne vont que dans un sens, à charge bien sûr : pourquoi l’Église ne change-t-elle pas de position sur le divorce et le remariage ?

Libé cite même une fois l’édito de Pèlerin, en disant : « Comment rendre crédibles l’amour et le pardon de Dieu tout en continuant à interdire, à vie, de communier, à des hommes et à des femmes qui, pour certains, donnent ultérieurement un témoignage de droiture et de fidélité ? » Je ne savais pas que les journalistes de Libé tenaient la Communion en si haute estime, qu’ils jugent impossible de vivre sans elle ! (Et pourtant, s’ils savaient…) Il me semblait aussi qu’ils passaient leur temps à dire que l’Église n’était qu’un ramassis de manipulateurs (dans le clergé) et de naïfs (chez les fidèles). Je dois avoir mal lu Libé ces dix dernières années…

Enfin, soyons un peu sérieux, le divorce est en effet un problème capital. Voilà d’autres extraits de ce qu’en dit Pélerin.

Massivement présents dans la société, les divorcés le sont donc, aussi, dans l’Eglise catholique. C’est peu dire que la question y est devenue extrêmement sensible. D’autant plus sensible que, contrairement à la société civile où le mariage a perdu de son poids institutionnel et symbolique, il conserve, pour les catholiques, valeur de sacrement.

Le mariage contracté devant Dieu étant indissoluble, tout divorce introduit une brisure. Mais surtout, tout remariage est assimilé à un adultère permanent, excluant les intéressés des sacrements, notamment de l’Eucharistie. Même s’ils conservent leur place dans l’Eglise. Comment entendre leur souffrance sans renoncer à dire l’indissolubilité du mariage ?

Mais aujourd’hui, le phénomène a pris une telle ampleur qu’il n’est pas sans conséquence sur l’avenir même de l’Eglise. Comment rendre crédibles l’amour et le pardon de Dieu tout en continuant à interdire, à vie, de communier, à des hommes et des femmes qui, pour certains, donnent ultérieurement un témoignage de droiture et de fidélité ?  Seule une décision du Magistère serait à même de régler durablement la question.

II. Pourquoi une telle position de l’Église ?

Le Pèlerin l’explique en un mot : le Mariage est un sacrement. Et dans un sacrement, c’est Dieu Lui-même qui agit par son ministre, par un geste et une parole performative (ah, mes vieux cours de philo !) : c’est la Parole qui crée. Pour le mariage, la parole échangée par les époux, qui sont eux-mêmes les ministres du Sacrement. « 

Dans le cas du mariage, la parole est :  » Je te reçois comme époux (-se), et je promets de te rester fidèle, dans le bonheur et dans les épreuves, dans la santé et dans la maladie, pour t’aimer tous les jours de ma vie. »

Comme on peut le voir, c’est assez clair : Je promets de te rester fidèle tous les jours de ma vie.

Le problème, c’est que non seulement la parole qu’échangent les époux les engage (et ça, ça compte dans l’Eglise, même si dans le monde ce n’est pas à la mode), et en plus, cette parole engage Dieu (souvenez-vous, c’est le principe du Sacrement : c’est Dieu qui agit).

Et « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (Marc, 10, 9).

De plus, le mariage chrétien est le signe de l’union de Dieu et de l’Humanité (pas le journal, car pour lui, « il n’est pas de sauveur suprême, ni Dieu ni César ni tribun… »). Alors autant dire qu’un divorce entre Dieu et l’Homme, ce n’est même pas envisageable.

Donc il est impossible pour l’Eglise d’accepter le divorce. C’est aussi simple que ça. Bien sûr, elle comprend que deux époux ne puissent plus vivre ensemble. Mais ils ne seront pas divorcés pour autant.

Et encore moins le remariage, on s’en doute.

Si les époux ne respectent pas leur parole, ils commettent un péché. Heureusement, ça n’empêche pas de faire partie de l’Église. Mais ça rend impossible la Communion. Pour pouvoir communier à nouveau, i.e. recevoir le Corps du Christ, il suffit de se remettre en ordre avec le mariage !

Mais il est vrai que la fidélité est une voie autrement plus compliquée que d’écouter Libé, et tant d’autre avec, promouvoir le divorce et l’infidélité…

III. La charité envers les personnes divorcées… mais la charité dans la vérité !

Mais l’Eglise est loin d’être inhumaine.

Jamais, dans nos jugements, nous ne devons confondre le péché qui est inacceptable, et le pécheur dont nous ne pouvons pas juger l’état de la conscience et qui, de toute façon, est toujours susceptible de conversion et de pardon.

Et ça, c’est le bras droit du Grand Patron (alias Benoît), pourtant surnommé Panzerkardinal par le même Libération, et supposé être ultra-rigoureux, qui le disait il y a un an à Paris.

Reprenons l’édito de Pèlerin :

Ici ou là, des prêtres, des évêques, des communautés ont su trouver les mots, les gestes d’accueil et de compassion. Mais toute « ouverture » a ses limites.

L’un des principes fondamentaux dans l’Église, c’est la subsidiarité (vous savez, ça veut dire que chaque échelon de la hiérarchie doit faire son boulot, et pas celui des autres ; c’est aussi ce que l’État n’arrive pas à faire !). Au Saint-Père, entouré des évêques, de déterminer, pour simplifier, les lignes directrices en matière de foi et également de morale. Les pasteurs ou les fidèles doivent, eux, les mettre en œuvre fidèlement, en faisant preuve de clémence, de compassion, de miséricorde, bref, de charité, envers ceux qui doutent, qui hésitent, qui chutent. Et il est dur de les consoler, de les rassurer, de leur dire que le pardon est possible, en choisissant une route difficile à suivre.

Mais il ne serait pas bon de leur dire : « C’est bon, pas de problème, refaites votre vie, essayez d’être fidèle, et puis si ça foire, on recommencera ! ». Ca, c’est ce que voudraient, apparemment, une majorité de Français, de Catholiques, mais surtout de journalistes. Faire cela serait en apparence plus charitable, mais ça ne serait qu’un mensonge. Et on ne peut rien bâtir sur un mensonge (Regardez dans Desperate Housewives, ça se retourne toujours contre elles !).

Dire la vérité, annoncer que le pardon est possible, tenter de soulager la peine. Ramener dans la lumière ceux qui étaient dans les ténèbres. C’est comme cela qu’on rend crédible l’amour de Dieu. En le basant sur la vérité, même si elle est difficile à réaliser. La Charité, dans la Vérité.

Conclusion

Trois petites remarques pour conclure :

  • A écouter la plupart des media, l’Eglise devrait sans cesse faire un aggiornamento sur toutes ses positions en matière de moeurs : divorce, avortement, mariage des prêtres (sic), ordination de femmes… Or, il se trouve que la morale n’est pas le coeur du message de l’Eglise. Ce qui est au Coeur, c’est le Christ ! Tout le reste n’est que la conséquence logique de l’enseignement du Christ. Et tant que cet enseignement n’aura pas changé (on a le temps de voir venir…), l’Eglise ne pourra pas être favorable  à l’avortement des femmes prêtres homosexuelles divorcées remariées et athées. Et qui lisent Golias.
  • Si le divorce et le remariage sont permis par l’Eglise, on dit quoi à ceux qui en ont ch… pendant des années parce qu’ils ne supportaient plus leur conjoint, et qui ont trouvé, au fond d’eux mêmes, et avec l’aide de Dieu, la force de rester, de pardonner ? On leur dit qu’ils sont de pauvres abrutis, qu’il ne fallait pas s’emmerder autant, qu’ils auraient mieux fait de tomber dans la lâcheté et la facilité ?
  • Et enfin, pourquoi ce sondage sort-il seulement maintenant, alors qu’il a été réalisé il y a six mois ? Ils ne sont pas très réactifs chez Sofres et Pélerin… Mais j’ai beau chercher, je ne vois aucune raison, même en étant paranoïaque comme un sacristain, de sortir un sondage à ce moment là. Si vous avez des idées à ce sujet, les commentaires sont ouverts…
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