Publié par : Goéland | 12 mai 2010

Du génitif et du locatif

Benoît XVI devant Notre-Dame de Fatima

Première Lettre à Timothée, Chapitre 1, verset 7 (un peu remanié par mes soins, je l’avoue ; l’original est ) :

Ils veulent passer pour des spécialistes [de l’Église] , alors qu’ils ne comprennent ni ce qu’ils disent, ni ce dont ils se portent garants.

Application pratique de cette phrase de St Paul

Les media se trouvent ravis que le Pape, en route pour sa visite apostolique au Portugal,  parle des « péchés de l’Église« . Joie pour tous ceux qui refusent que l’Église puisse être sainte, ou puisse avoir raison ! Pensez, si le Pape parle des péchés de l’Église, c’est qu’il admet qu’elle a tort ! Et partant (car les journalistes ne sont pas toujours prudents quand il s’agit de faire des amalgames et des raccourcis foireux), il se prennent à espérer que le pape va reconnaître ses propres erreurs, qu’il va abandonner l’infaillibilité pontificale, et même renoncer à tous ses dogmes ringards et poussiéreux (sic), du célibat des prêtres à l’avortement, en passant par la contraception ! Pardon, je m’emporte, mais il y a quand même des moments où on a sérieusement l’impression que les journalistes traitant des affaires religieuses ne rêvent que de cela…Comme d’habitude, les sites des quotidiens ou des hebdomadaires français s’en donnent donc à cœur joie, soit en reprenant simplement les dépêches de l’AFP ( comme Libé), ou en inventant parfois même des citations du Pape (« L’Église paie pour son propre péché« ). Et comme d’habitude aussi, malheureusement, La Croix, qui devrait être particulièrement vigilante aux sujets concernant l’Église, commet la même erreur que les autres journaux dans son éditorial, en parlant de l’Église pécheresse.

Hélas pour eux, voici ce que le Saint-Père a réellement déclaré dans l’avion entre Rome et Lisbonne (c’est la dernière réponse du Saint-Père aux questions qui lui sont posées) :

Le sofferenze della Chiesa vengono proprio dall’interno della Chiesa, dal peccato che esiste nella Chiesa.

Moi non plus, je ne parle pas italien. Donc je vous donne cela en français, grâce à Zénit :

Les souffrances de l’Église viennent de l’intérieur même de l’Église, du péché qui existe dans l’Église.

Et oui, dans l’Église, et non pas de l’Église. L’Église est sainte, bien que constituée de pécheurs. C’est ce que Benoît XVI a dit, c’est ce que l’enseignement de l’Eglise a toujours dit, mais que les journalistes n’ont découvert qu’aujourd’hui. Et comme c’est un peu subtil, ils ne l’ont pas compris. « Ils veulent passer pour des spécialistes […] , alors qu’ils ne comprennent [pas] ce qu’ils disent ».

Pour plus d’explications sur l’Église et le péché de ses fils, je vous renvoie sur un article très bien fait de Chiesa. Je me permets juste d’en tirer quelques phrases :

« Il est juste que, tandis que le second millénaire du christianisme arrive à son terme, l’Église prenne en charge avec une plus vive conscience le péché de ses fils, en se souvenant de toutes les circonstances dans lesquelles, dans le déroulement de l’histoire, ils se sont éloignés de l’esprit du Christ et de son Évangile, en offrant au monde, au lieu du témoignage d’une vie inspirée des valeurs de la foi, le spectacle de modes de penser et d’agir qui étaient de véritables formes de contre-témoignages et de scandale. L’Église, bien que sainte par son incorporation au Christ, ne se lasse pas de faire pénitence : elle reconnaît toujours comme siens, devant Dieu et les hommes, ses fils pécheurs  » (Tertio millennio adveniente, 33)

De plus, fait partie de la plus profonde conscience ecclésiale de notre temps la conviction que l’Église n’est pas seulement une communauté d’élus, mais comprend en son sein des justes et des pécheurs, appartenant au temps présent comme au passé, dans l’unité du mystère qui la constitue. (« L’Église et les fautes du passé« , III)

L’Église, elle, enferme des pécheurs dans son propre sein, elle est donc à la fois sainte et toujours appelée à se purifier, poursuivant constamment son effort de pénitence et de renouvellement. Lumen Genium § 8

Au fond, c’est toujours un orgueil mal dissimulé qui est à l’œuvre lorsque la critique de l’Église prend ce ton de rude amertume qui commence à devenir un mode d’expression habituel aujourd’hui. S’y ajoute trop souvent, malheureusement, un vide spirituel dans lequel on ne perçoit plus du tout ce qui est spécifique à l’Église, de telle sorte que celle-ci n’est plus considérée que comme une formation politique qui agit en fonction de ses intérêts et que l’on perçoit son organisation comme misérable ou brutale, presque comme si la particularité de l’Église ne se situait pas, au-delà de son organisation, dans la consolation de la Parole de Dieu et des sacrements qu’elle apporte dans les jours de joie ou de tristesse. Les vrais croyants ne donnent jamais une importance excessive à la lutte pour la réorganisation des formes ecclésiale : ils vivent de ce que l’Église est toujours. Si l’on veut savoir ce qu’est vraiment l’Église, c’est eux qu’il faut aller voir. En effet, la plupart du temps, l’Église n’est pas là où l’on organise, où l’on réforme, où l’on dirige ; elle est présente en ceux qui croient avec simplicité et qui reçoivent en elle le don de la foi, qui devient pour eux source de vie. (Je crois à la Sainte Église Catholique, Joseph Ratzinger)

Et enfin, je ne résiste pas, pour ceux qui souhaitent mieux comprendre la pensée du Saint-Père et sa réflexion sur la tempête dans l’Église, à reprendre une grande patrie de la réponse faite par Benoît XVI dans cet avion pour le Portugal, au sujet du troisième secret de Fatima :

Le Seigneur nous a dit que l’Église aurai toujours souffert, de diverses façons, jusqu’à la fin du monde. L’important est que le message, la réponse de Fatima, ne réside pas substantiellement dans des dévotions particulières, mais dans la réponse de fond, c’est-à-dire la conversion permanente, la pénitence, la prière et les trois vertus théologales : foi, espérance et charité. Ainsi voyons-nous ici la réponse véritable et fondamentale que l’Église doit donner, que nous, chacun de nous, devons donner dans cette situation. Quant aux nouveautés que nous pouvons découvrir aujourd’hui dans ce message, il y a aussi le fait que les attaques contre le Pape et contre l’Église ne viennent pas seulement de l’extérieur, mais les souffrances de l’Église viennent proprement de l’intérieur de l’Église, du péché qui existe dans l’Église. Ceci s’est toujours su, mais aujourd’hui nous le voyons de façon réellement terrifiante : que la plus grande persécution de l’Église ne vient pas de ses ennemis extérieurs, mais naît du péché de l’Église et que donc l’Église a un besoin profond de ré-apprendre la pénitence, d’accepter la purification, d’apprendre d’une part le pardon, mais aussi la nécessité de la justice. Le pardon ne remplace pas la justice. En un mot, nous devons ré-apprendre cet essentiel : la conversion, la prière, la pénitence et les vertus théologales. Nous répondons ainsi, nous sommes réalistes en nous attendant que le mal attaque toujours, qu’il attaque de l’intérieur et de l’extérieur, mais aussi que les forces du bien sont toujours présentes et que, à la fin, le Seigneur est plus fort que le mal, et pour nous la Vierge est la garantie visible, maternelle, de la bonté de Dieu, qui est toujours la parole ultime dans l’histoire.

Merci Saint-Père pour cette mise au point, pour cette bonne claque donnée à notre orgueil, pour cet appel à la conversion, au pardon et à la justice, enfin, pour ce retour à l’Évangile.

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Responses

  1. Bonjour Gabbiano !

    Nouveau sur ce blog, je laisse ici mon premier commentaire.

    Je confirme la traduction de Zenit :
    nella : contraction de « in la »
    Ce qui nous donne : « dans la Eglise »

    En revanche, dans sa réponse complète, Benoît XVI emploie l’expression « péché de l’Eglise ». Erreur de traduction ? Ce qui est sûr, c’est qu’il faut retenir le locatif.

    De quoi ça s’agit le troisième secret de Fatima ? Et les deux premiers ?

    Merci pour ces articles toujours pertinents, mais malheureusement trop peu fréquents !

    • Bonjour Orsetto ! Vous êtes trahi par votre adresse mail, je connais donc votre véritable identité…
      Il s’agit bien d’une erreur de traduction, que ne font ni le site du Saint Siège, ni celui de Zenit.
      En ce qui concerne Fatima, un petit tour ici s’impose !

  2. Il est amusant de s’apercevoir que la citation de la Lettre à Timothée à laquelle vous faites référence est également celle qui figure sous le titre de votre blog : « Non intelligentes quae loquuntur ».
    Et je vous fais remarquer qu’en plus d’être « un italianisant », je suis également un latinisant distingué !

    • Je vois que vous êtes particulièrement observateur, en plus d’être italianisant !


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