Publié par : Goéland | 4 juin 2010

De l’amour du prochain…

La Primatiale St Jean

La Primatiale St Jean

Billet inspiré de ce que j’ai pu lire dans le Salon Beige (tellement bien informé, tellement pratique pour faire de la veille, mais parfois tellement horripilant dans ce travers exposé par Alix de Saint-André dans mon billet précédent), dans LibéLyon (No comment, mais il faut reconnaître que leurs photos sont bien prises), dans Le Progrès et Lyon Capitale (avec les frères Pouzin de Glorious), dans Anuncioblog (par JB Maillard, ici et ), et enfin chez Nystagmus.

Pour résumer la situation, des homosexuels militants (on dit LGBT pour faire moderne) organisent des manifs pour s’embrasser en pleine rue un peu partout, et en particulier depuis quelques temps devant des cathédrales :  Notre-Dame à Paris, Saint-Jean à Lyon, et bientôt Saint-Étienne, à Metz. On ne me fera pas croire que ces lieux sont choisis au hasard : vous choisiriez spontanément le parvis d’une cathédrale pour vous embrasser vous ? , je dis pas… ou alors lisez ça si vous manquez d’idées ! Mais ces actions sur les parvis  sont bien sûr de la pure provocation… et la réaction des cathos ne se fait évidemment pas attendre !En effet, en tant que Chrétien, il est de notre mission, de notre vocation de laïcs d’être présents dans la société pour y partager notre Foi, ainsi que nos valeurs ; nous devons être le levain qui permet de changer les choses de l’intérieur, le sel de la terre, la lumière du monde… Nous devons témoigner de notre foi. Fort. Très fort. Malheur à nous si nous n’annonçons pas l’Évangile !

Mais est-ce à dire que nous devons gueuler notre Foi au monde ? Un tel comportement représente-t-il un beau témoignage ? Y a-t-il une seule chance d’évangéliser ainsi ? Ne vaut-il pas mieux au contraire annoncer Dieu et l’Évangile dans le murmure d’une brise légère ? Après tout, Il n’est ni dans l’ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu (1Roi, 19, 12)… alors pourquoi hurler ?

Il y a un peu plus d’un an, à la marche pour la Vie, il y avait, me semble-t-il, une volonté de faire une manif joyeuse, pour montrer le bonheur de se battre pour la Vie, d’une manière intense, sans soucis des blessures bien sûr, mais aussi sans hargne envers ceux qui militent et qui pratiquent avortement ou euthanasie. Il y avait donc de la joie au cœur de cette marche, mais il y avait aussi quelques manifestants qui criaient « Avorteurs Assassins ! ». Bien sûr, l’avortement est un meurtre. Cela ne fait aucun doute. Mais où est la charité dans le fait de hurler de tels slogans ? En quoi cela va-t-il convaincre les femmes tentées par l’avortement de ne pas passer à l’acte ? Un slogan aussi agressif, gueulé avec un faciès haineux, ruine, à mon sens, tout l’effet de la manifestation !

Alors que dire d’un chapelet « braillé » suffisamment fort , il y a 15 jours à Lyon,  pour essayer de couvrir le bruit des mégaphones ? Pardon pour ceux qui priaient réellement, je ne donne que mon ressenti, même si je sais bien que la prière est intérieure. Mais le corps est quand même sensé refléter ce que vit l’âme lorsqu’on prie. Alors s’agit-il encore vraiment d’une prière ? Ou cela devient-il uniquement un combat anti-homo, dans lequel, bien sûr, des militants pas spécialement cathos viennent se greffer ? Et dans ce cas, il devient compliqué de vivre en vérité ce qui est dit par le Catéchisme de l’Eglise Catholique sur l’homosexualité :

S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves (cf. Gn 19, 1-29 ; Rm 1, 24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10), la Tradition a toujours déclaré que  » les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés « . Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas.

Un nombre non négligeable d’hommes et de femmes présente des tendances homosexuelles foncières. Cette propension, objectivement désordonnée, constitue pour la plupart d’entre eux une épreuve. Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. Ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie, et si elles sont chrétiennes, à unir au sacrifice de la croix du Seigneur les difficultés qu’elles peuvent rencontrer du fait de leur condition.

Il ne s’agit donc aucunement de renier ce qui est enseigné par l’Église, ni de le diluer dans les bons sentiments (« tout le monde il est beau », « venez comme vous êtes« ). Il faut dire la vérité, mais dans la charité. Et la charité, ça veut quand même dire essayer d’éviter un peu la violence, tant physique que verbale. Et c’est pas moi qui le dit :

« Je répète une fois encore, du fond du cœur, que la violence ne résout pas les conflits, mais en attise les conséquences dramatiques et engendre une autre violence »

Alors que faire face à ces provocations ? Des contre-manifs ? Des pétitions auprès des pouvoirs publics ?

Il me semble que la bonne solution est plus simple : prions ! Mais dans les églises, les portes grandes ouvertes, en chantant bien (et fort, pour que notre joie s’entende de l’extérieur !), ce sera d’autant plus beau, ce sera une invitation à entrer et à se recueillir, plutôt que de donner l’impression que nous sommes dans une citadelle assiégée, condamnée en quelques sortes à disparaître. Et ce sera aussi le signe que les Chrétiens ne renoncent pas à faire entendre leur voix dans la société, mais sans répondre bêtement aux provocations.

Et puis si, vraiment, on veut les empêcher de crier des slogans anti-cathos sur les parvis, il reste la méthode Don Camillo

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Responses

  1. Désolé frère mais vous ne pouvez pas laisser des gens venir profaner la Maison de Dieu. Pour quelques marchands du Temple le Christ s’est fabriqué un fouet et les a viré manu militari alors j’essaye d’imaginer un peu ce qu’il aurait fait si des personnes venait blasphémer et commettre des actes intrinsèquement pervers…

    C’est trop facile de dire « prions ». Prier c’est excellent, c’est même indispensable mais si tu ne mets pas ton sang et ta sueur derrière tes prières à quoi est-ce-que cela sert ? Les martyrs ne sont pas restés confinés chez eux à prier : ils étaient dans la rue et ils n’avaient pas honte de se mettre à genoux et de réciter le chapelet !

    Alors je vous invite, cher frère, à la méditation de cette petite phase de Sainte Jeanne d’Arc : « Les hommes d’armes combattront et Dieu donnera la victoire ».

    • Cher Frère,
      Je suis tout à fait d’accord sur le fait qu’il ne faut pas rester sans réagir, et qu’il faut se battre pour défendre ce en quoi nous croyons (même si reconnaissons que, contrairement à ce que les media et beaucoup de gens pensent, les mœurs en général et l’homosexualité en particulier ne sont pas les points centraux de notre Foi, Dieu merci).
      Le Christ s’est permis de chasser les marchands du Temple… mais je ne crois pas être le Christ ! Alors qui suis-je pour prétendre virer ces militants d’un parvis ?
      Je suis un grand fan du Sermon sur la montagne (chapitre 5 de St Matthieu) : on y trouve des phrases dont la profondeur m’étonne sans cesse, moi qui ne suis pas patient pour un sou :

      Heureux les artisans de paix :ils seront appelés fils de Dieu ! Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux ! Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.
      De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.
      Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux.
      Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Si quelqu’un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu’un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu.
      Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.
      Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent,
      Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

      Je ne pense pas qu’il soit lâche de se contenter de prier face à ces provocations. Déjà, ça évitera les débordements. Et en plus, il est non seulement nécessaire de prier face aux erreurs du monde, mais c’est en plus suffisant ! Les actions menées après doivent trouver leur source dans la prière, c’est-à-dire en Dieu ! Et il ne me semble pas que l’on ait pu voir sur les visages des excités du coté catho à Lyon un reflet du Visage du Christ.

      Quant aux martyrs, je ne pense pas qu’ils allaient provoquer leurs bourreaux ou leurs accusateurs. Dans l’Empire Romain, aux tout début du christianisme, ils ne brûlaient pas les temples, ne renversaient pas les autels, mais refusaient simplement d’adorer empereurs et idoles. Seul Saint Cyr a fait dans la provocation : il mériterait pour cela d’être le St Patron des sales gosses 😉 .La mort des martyrs est à mon sens la conclusion et le sommet d’une vie donnée à Dieu par Amour, le martyre est un don de Dieu, et non pas un honneur que l’on irait chercher en répondant à de basses attaques. Je sais bien que « le temps peut revenir, où les chrétiens redeviendront les ennemis du genre humain » (Abbé Franz Stock). Mais je ne crois pas que ces manif assez pitoyables devant les églises soient un lieu de martyre : reconnaissons qu’on y risque pas de mourir… au pire y prendra-t-on un coup, et passera-t-on trois heures au poste…

      Pour conclure, je ne cherche aucunement à prendre la défense des militants d’en face ; je me permets simplement d’être infiniment plus exigeant avec ceux qui appartiennent à l’Eglise et qui veulent la défendre qu’avec les autres…

      • Cher Goéland,

        Un artisan de paix n’est pas quelqu’un qui ne sa bat pas. Un artisan de paix respecte l’ordre et la justice de Dieu et veille à leur maintien.

        Si les chrétiens ne défendent pas leurs églises alors il ne faut pas s’étonner que celles-ci soient profannées, taguées, brûlées et in fine vidées.

        Trop de chrétiens se cachent derrière le « tendre la joue » pour ne pas avouer leur manque de courage et de foi en Dieu. On est le sel de la terre oui ou non ? Si oui alors il faut le montrer !

  2. Cette analyse est intéressante. Néanmoins, sous couvert de manquer de charité en disant la vérité, les catholiques ne se sont-ils pas ces dernières décennies réduit à un silence coupable. En outre, ne doivent-ils pas, en plus de la prière, mettre en œuvre tous les moyens humains (et acceptables!) pour d’une part défendre ce qui à leurs yeux est sacré et d’autre part annoncer la Bonne Nouvelle qui est la source de leur vie?

    Vous évoquez les marches pour la vie. Elles sont l’exemple même du besoin (nécessité?) de descendre dans la rue pour faire entendre un autre son de cloche (D’ailleurs Don Camillo ne se contente pas de sonner au clocher ou de prier devant le Saint Sacrement…)

    Et c’est aussi une œuvre de charité que de rappeler certaines vérités, quelques fois au risque (même s’il faut chercher à l’éviter) de blesser l’autre.

    Néanmoins, il est nécessaire de s’interroger sur la manière d’agir, ou plutôt les manières d’agir, sans que la colère nous fasse perdre le contrôle.
    En l’espèce, les provocations des groupes LGBT sont, me semble-t-il, quelque chose d’assez nouveau, dont la première mais emblématique illustration est la parodie de mariage à Notre Dame de Paris il y a quelques années.
    Quand la provocation se fait trop pressante au point de ne plus chercher le dialogue, le silence peut certes être une réponse. Il peut aussi être une lâcheté. La tenue de contre-manifestations peut être un moyen de montrer qu’il y a des gens qui ne cèdent pas à la pression d’une nouvelle forme de subversion; elles peuvent aussi envenimer la situation.

    La bonne réponse n’est pas évidente, le juste équilibre n’est pas aisé entre l’amour que chaque chrétien doit exprimer envers tout homme et la nécessité de témoigner de la vérité en dénonçant notamment ce qui contrevient gravement aux dix commandements (qui ne sont rien d’autre que l’expression de la voix de la conscience présent en chacun)

    Et à ce titre, il y a certainement des purifications a effectuer pour que face à ces nouveaux combats et enjeux, les chrétiens puissent agir en ayant toujours pour modèle le Christ qui su user du silence comme de la saine colère face à ces détracteurs.

    La réponse sera protéiforme, mais ici toutes les sensibilités sont appelées à apporter de l’eau au moulin… C’est peut-être là, le secret de la nouvelle évangélisation : l’union sur les nécessités profondes de nos sociétés en dépit de divergences sur les moyens.

    • Merci pour votre commentaire.

      Je suis tout à fait d’accord : l’Eglise, notamment l’Eglise qui est en France, s’est tue trop longtemps face aux excès de notre monde. Il faut donc exprimer ouvertement au monde nos idées, nos pensées, par tous les moyens acceptables.

      Mais c’est une chose que d’organiser des veillées de prière, des marches pour la vie, et c’en est une autre de répondre à une provoc et de tomber dans un piège qui nous est tendu. Le risque de débordement est alors trop grand : non seulement un échange de coups ou d’injures peut arriver très vite, sur un malentendu, mais en plus on risque de ne pas faire passer de la bonne manière le message de l’Eglise (l’Amour du prochain, le Salut dans le Christ, tout ça…).

      Et pour finir, on risque facilement de s’énerver, et pour tout dire de se mettre à détester ces militants qui nous agressent. Et il y a suffisamment de péchés chez les chrétiens, pas besoin de chercher des occasions d’en commettre d’autres…


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