Publié par : Goéland | 28 juin 2010

Pourquoi, malgré tout, je crois encore un peu à la politique…

Sénat

Compte-rendu d’un débat au Sénat, avec Roselyne Bachelot, sur la Contraception et l’IVG

On commence ce débat avec une question de Michèle André (socialiste), pour rappeler à tous combien l’avortement l’IVG a été un grand progrès pour la Femme moderne et libre de faire ce qu’elle veut de son corps.

Je passe sur les détails à la gloire de l’IVG, et sur les inévitables critiques envers tous ceux qui ne partagent pas son avis ô combien éclairé :

Grâces soient rendues à tous ceux qui ont mené bataille contre les préjugés et les conservatismes ; mais encore aujourd’hui, il y a des groupuscules anti-IVG et certains médecins sont réticents à accomplir des IVG. Je rends également hommage aux réseaux du Planning familial et aux associations qui oeuvrent pour informer les femmes en la matière.

D’autres socialistes, comme Patricia Schillinger, ont une analyse un peu plus mesurée, reconnaissant que l’avortement

est une opération lourde, dont on analyse mal le retentissement psychique. Un manque d’informations sur les bons usages de la contraception est peut-être à incriminer.

Donc tout n’est pas perdu, certains hommes (et femmes) politiques se rendent un peu compte que l’avortement n’est pas un acte anodin, et c’est déjà un début prometteur. Malgré tout, la plupart d’entre eux continuent à privilégier les aspects positifs de l’avortement. Et au milieu de ces interventions plutôt convenues, un rayon de lumière.

Mme Marie-Thérèse Hermange. – Mon point de vue n’est pas partagé par la majorité d’entre nous. Ce n’est pas conservatisme de penser que la vie humaine, avec sa promesse d’éternité, commence dès la conception.

Le recours à l’IVG s’est accentué à mesure que la contraception s’est améliorée. En 2006, une mineure sur 100 a recouru à l’IVG. La majeure partie des Français jugent que l’avortement est une épreuve lourde, et qu’on y recourt trop dans notre pays.

[…] On fait de la trisomie 21 un cas normal d’IMG. N’y a-t-il pas un risque d’eugénisme dans une société où tout ce qui sort de la norme doit faire l’objet d’un équarrissage ? (Exclamations à gauche)

Fonder le droit de vivre sur le fait que toute vie nouvelle est désirée, n’est-ce pas admettre a contrario la possibilité de supprimer la vie qui n’est pas désirée ? Répondre oui à cette question, c’est instituer un principe effrayant, celui de l’élimination des indésirables, en l’occurrence, des trisomiques. Madame la ministre, avez-vous l’intention de remédier à cette tendance? (Exclamations à gauche)

Parmi les femmes qui ont accepté l’avortement, un certain nombre auraient, mieux informées, gardé leur enfant. Des décisions hâtives d’IVG peuvent être dues à un désarroi momentané. Or, l’entretien préalable à IVG est devenu facultatif !

Madame la ministre, peut-on espérer, administrativement, que la décision de ne pas recourir à une IMG, qui est entre les mains de la femme enceinte, soit considérée comme une décision de « poursuivre la grossesse », plutôt qu’un « refus d’IMG » ? On culpabilise les parents qui perdent beaucoup d’énergie à faire entendre leur choix, pourtant douloureux. L’accompagnement psychique nécessaire n’est proposé qu’après la naissance ; il faudrait qu’un espace d’accompagnement soit ouvert dès la décision prise.

« Quand le temps est compté, chaque minute compte » ; une fois la décision prise, l’irrémédiable peut être vécu comme une souffrance, lourde et complexe. Raymond Aron disait que l’Europe était en train de se suicider par dénatalité…

Après cet instant de grâce dans la salle Médicis au Sénat, on revient à des discours dans l’air du temps, sur le prétendu risque qui pèse sur le droit à l’IVG :

Fragile, soumis aux pressions économiques des établissements, et des actions anti-IVG, l’interruption volontaire de grossesse demeure encore et toujours, 40 ans après sa légalisation, un parcours d’obstacle et l’application de son droit est loin d’être garanti à toutes les femmes qui le souhaiteraient.

Ou encore :

L’IVG doit être considérée comme une obligation de santé publique. Que compte faire le Gouvernement pour assurer aux femmes un vrai choix de vie ? (Applaudissements à gauche)

Et évidemment, l’apothéose est atteinte avec Roselyne Bachelot, qui en rajoute en ajoute une bonne couche dans la défense du droit à l’avortement

Très tôt, je me suis engagée dans la défense de la cause des femmes : nous avons mené de nombreux combats pour que les femmes disposent de leur corps, accèdent à la contraception et à l’IVG. Dans ce combat difficile nous avons remporté de belles victoires, comme la loi de 1975, que l’on doit à la figure lumineuse de Mme Veil. L’IVG est présentée comme un mal nécessaire. Je ne m’associe pas à cette présentation négative. […] Nous n’avons pas donc de culpabilité à avoir. Je préfère d’ailleurs, en souvenir de nos combats, conserver le mot « avortement », plutôt que cet « IVG » de bon ton.

Pour améliorer l’accès à l’IVG j’ai fait relever le forfait au niveau du coût, ce qui représente en moyenne un doublement.

Loin de moi, madame Hermange, de ne pas respecter le parcours des parents qui poursuivent la grossesse d’un enfant dont est avéré le handicap ou la mort prochaine. Mais la grossesse non désirée est une souffrance, l’avortement est un moyen de diminuer cette souffrance.

Et là, seconde intervention vraiment lumineuse, encore d’une Sénatrice UMP :

Mme Bernadette Dupont. -Je ne puis en entendre davantage ! (Mme Bernardette Dupont manifeste son désaccord en quittant la salle de séance)

Et Bachelot continue…

Notre combat est un combat pour la santé des femmes, pour leur liberté. Dans le système de santé que vous m’aidez à organiser, je veux que les femmes aient toute la place qui leur revient ! (Applaudissements à gauche et sur quelques bancs à droite)

Je crois encore un peu à la politique parce que certains, hélas trop peu nombreux, défendent encore la Vie et refusent de considérer le meurtre des plus faibles comme un progrès. Et parfois, ces parlementaires courageux s’élèvent même contre les ministres de leur propre camp, et Dieu sait si ça peut peser après sur les dossiers qu’ils défendent.

Je suis intimement persuadé que dans quelques siècles, les historiens nous considéreront comme des barbares, de la même manière que ceux qui pratiquaient la torture nous paraissent aujourd’hui être des monstres.

A l’opposé, ce qui se battaient naguère contre toutes les barbaries sont considérés aujourd’hui comme des héros ; de la même manière, ceux qui défendent les plus faible, ceux qui se battent pour que soit reconnue la dignité de chaque homme, ceux-là seront reconnus à leur juste valeur.

Et il est très rassurant de se dire qu’il en reste quelques uns…

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