Publié par : Goéland | 2 juillet 2010

De l’immigration

Le Camp des Saints

Le Camp des Saints

L’immigration est déjà un problème délicat à aborder dans la société : on a vite fait de se faire traiter de raciste, de xénophobe, ou au contraire d’inconscient et d’immigrationniste. Le fait est que les partis qui parlent le plus d’immigration ont très souvent tendance à l’instrumentaliser : soit dans un sens – « Régularisons, ça créera un nouveau prolétariat pour continuer la lutte des classes ! » -, soit dans l’autre – « Renvoyons-les chez eux, ça nous fera plus de boulot ! Les Français d’abord ! » (leur Maman leur a jamais dit que c’était pas poli de dire moi d’abord ?).

Mais entre catholiques, c’est encore plus complexe, à cause de cette maladie très répandue qui consiste à se monter le bourrichon à partir des plus petites de nos différences. On arrive alors à des divisions entre « intégristes » et « progressistes », « cathos de gauche » et « de droite », divisions qui font, on s’en doute, le plus grand bien à l’Église et  l’humanité toute entière. Il va de soi que la défense des immigrés est, avec de tels classements « droite-gauche », évidemment classée comme un combat des « cathos de gauche », alors qu’à la « droite du Père » (comme disent ces chers Infiltrés) on préfère se battre pour les embryons.

Heureusement, un document du Saint Siège devrait bientôt être publié (c’est en tout cas ce qui était annoncé à la mi-juin) pour clarifier un peu ce sujet, ou du moins pour nous donner matière à réfléchir. Parce que pour l’instant, l’immigration est abordée plutôt rapidement dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique :

Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine. Les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui place l’hôte sous la protection de ceux qui le reçoivent.

Les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont ils ont la charge subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges.

Bien sûr, il y a quelques autres sources, comme cette intervention du Saint-Père le 10 janvier dernier, mais ça reste, à mon goût, un peu trop bref.

Alors essayons de réfléchir déjà un peu à partir de ces éléments, en attendant la publication de prochain document.

Premier principe : je suis pour la liberté de choix : si de nombreux français rêvent de vivre au Canada, en Grande Bretagne (perso, c’est plutôt la Nouvelle-Zélande et la Scandinavie et l’Italie), pourquoi les habitants des pays du tiers monde ne voudraient-ils pas aussi changer d’horizon ? Tout en gardant la fierté de son origine, mais en respectant bien sûr la culture dans laquelle on va vivre. Mais d’un autre côté, le libre choix signifie qu’on doit aussi pouvoir choisir librement de vivre chez soi !

Ensuite, je suis pour le droit de chaque pays à se développer : chaque nation a le droit de vouloir progresser,notamment matériellement,en proposant à ses habitants des conditions de vie décentes.Et pour progresser, un pays a évidemment besoin de toutes les composantes de sa population, et en particulier ceux qui sont capables de devenir ingénieur ou médecins (ou prêtres). Donc il est proprement criminel envers ces pays de mettre en place, dans les nations les plus favorisées, des systèmes d’immigration choisie où on ne laisserait entrer que ceux dont on a besoin, et qui sont, avouons-le, des médecins, des ingénieurs (et des prêtres). A ce titre, j’estime que les pays considérés comme les plus développés d’un point de vue technique et économique (et qui sont souvent les plus barbares et les moins civilisés) ont le devoir d’accueillir des étudiants des pays les plus pauvres (et je pense en particulier aux pays africains ou asiatiques), mais ils ne doivent en aucun cas tenter de garder ces élites sur le long terme.

Ces deux principes, liberté et droit au développement, entrent bien évidemment en contradiction. Mais je crois que le bien commun est plus important que l’intérêt personnel : tant que des inégalités trop criantes demeureront entre les pays (le moins longtemps possible espérons le, mais ne soyons pas naïfs), il vaut donc mieux inciter les élites des nations pauvres à contribuer au développement de leur nation, plutôt que de créer une liberté de circulation qui accentuerait surtout leur exode du Sud vers le Nord.

On pourra m’objecter la situation extrêmement difficile de nombreux pays : la guerre, la pauvreté, la famine, la corruption, ou encore les persécutions religieuses ne font rien pour favoriser la vie et le bonheur des habitants des pays. Dans ce cadre, le catéchisme et le bon sens imposent « d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité ». Il est donc normal d’accueillir ces personnes, mais peut-être plus encore de les aider à pacifier leur pays : qui peut quitter sa terre, chassé par la guerre, sans un pincement au cœur ? Ne préférerait-il pas pouvoir rester chez lui, plutôt que de partir, avec ou sans sa famille, vers un autre pays dans lequel son avenir n’est pas assuré ? A nous de savoir leur venir en aide, et avant tout dans leur pays en les respectant et non en les infantilisant.

Voilà, tout est une question de consensus, entre la liberté individuelle (à laquelle j’aspire moi-même) et le bien commun. Et je crois que, pour la survie de nations entières, de millions d’hommes et de femmes qui vivent dans des pays pauvres, le bien commun relève surtout de la coopération internationale. C’est la condition indispensable pour garantir à chaque homme la liberté de vivre où il veut, à l’étranger ou sur sa propre terre.

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Responses

  1. Le caractère insupportable, à mon sens, dans l’immigration ne tient pas tant au phénomène en lui-même. Si des hommes et des femmes migrent, c’est en raison de leurs conditions de vie. On ne quitte pas son pays pour le plaisir, avec l’intention d’aller coloniser les terres hospitalières et de siphonner leur système social.

    Non, ce qui est insupportable, c’est qu’on réduit le débat à la formidable opportunité ou aux dangers majeurs que représente l’immigration pour le pays d’accueil.

    On débat donc des conséquences, mais pas des causes. Qui elles ne sont jamais heureuses, vous l’avez dit. Car l’immigré est avant tout un émigré.

    Si on pensait moins à nous-mêmes, si on acceptait de renverser la perspective, peut-être aborderait-on la question différemment.

    Et ça nous permettrait de discuter de notre identité nationale sans penser minaret et burqa. Mais c’est une autre histoire…


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