Publié par : Goéland | 10 juillet 2010

Une année des baptisés ? et pourquoi pas…

Baptême d'un petit enfant par le Saint-Père

Baptême d'un petit enfant par le Saint-Père

La semaine dernière, la Conférence Catholique des Baptisés de France a écrit une Lettre à Benoît XVI, afin de lui demander de mettre en place en 2011 une « Année des Baptisés« , de la même manière qu’a eu lieu une Année Sacerdotale.

En mettant de côté ma mauvaise foi chronique (j’y peux rien, c’est héréditaire), malgré l’effort immense que cela me coûte, j’ai choisi d’essayer d’analyser un peu cette lettre.

Résultat de ma profonde réflexion ? Sous cette initiative à première vue saugrenue et moderniste se cache peut-être une excellente idée…

I – La CCFB

Commençons par expliquer mes légères réticences initiales à cette proposition, et surtout à son instigateur.

La Conférence Catholique des Baptisés de France est le genre d’organisme propre à me hérisser le poil. J’en avais déjà entendu parler au moment de sa création, l’an passé, et j’avoue avoir eu immédiatement un a priori négatif. Renseignements pris, cette première impression avait été largement confirmée.

Déjà, lorsque les médias s’enthousiasment pour une information qui concerne l’Église, j’ai un instant d’hésitation, sans doute dû au traitement très objectif et bienveillant avec lequel le Peuple de Dieu a l’habitude d’être traité par les journalistes.

Ensuite, le nom même de cette organisation me semblait suspect : la « Conférence Catholique des Baptisé-e-s de France » (sic) semble forcément se construire en opposition à la « Conférence des Évêques de France ». Ça ressemble à une tentative de putsch, et pour tout dire, à un « Soviet des Baptisés de France ».

Enfin, les quelques éléments glanés sur leur site ou au gré des interviews me déplaisent : les relents d’opposition systématique aux évêques et au Saint-Père, les slogans féministes, la partition des fidèles entre contestataires et béni-oui-oui, la novlangue utilisée, le titre de la Charte (« ni partir ni nous taire » suppose que ceux qui sont en accord avec le fonctionnement actuel de l’Église sont des complices), les prises de position très politiquement correctes… Mais surtout, ce qui m’énerve, c’est cette manie de faire de la politique, c’est-à-dire de ne considérer les rapports au sein de l’Eglise que comme des rapports de pouvoir.

Bon j’avoue que dans le genre contestataire, cette organisation est peut-être assez modérée, elle prend en tout cas des précautions de langage pour ne pas montrer trop d’opposition à l’Église telle qu’elle existe aujourd’hui, et certaines de ses analyses sont plutôt fines, même si on voit clairement quelles sont les préférences de ses membres…

Mais il y a quand même chez cette Conférence une volonté de représenter l’ensemble des baptisés qui me dérange : personne ne peut représenter les baptisés, et prétendre avoir une légitimité, même en procédant à des élections. Dans le même genre existe un mouvement en Autriche, « Wir sind Kirche », « Nous sommes l’Église ». Sauf que personnes n’est l’Eglise ! Il est profondément absurde de vouloir créer un mouvement qui prétende être l’Église, ou la représenter, car l’Église n’est pas seulement une communauté terrestre, mais aussi une Communion des Saints. Tout mouvement pseudo-démocratique dans le genre de cette Conférence est donc voué à être incomplet, et donc à ne rien représenter du tout.

II – L’année des baptisés

Autant dire qu’avec autant d’a priori, cette idée d’une année des baptisés ne me semblait pas spécialement partie sur de bons rails. A vrai dire, elle me semblait même complètement inutile : à quoi bon créer un évènement de cette sorte ?

Nous sortons de l’Année Sacerdotale, voulue par Benoît XVI. Cette « Année des Baptisés » se veut-elle être une sorte de revanche contre l’année sacerdotale, comme les Baptisés étaient jaloux des Prêtres, les seuls à qui on aurait « donné » une année ? Si  c’est le cas, c’est évidemment bien mal trouvé : depuis quand baptisés et prêtres sont-ils opposés ? Après tout, les prêtres sont avant tout des baptisés, et les baptisés eux-mêmes sont prêtres, prophètes et rois !

Serait-ce alors une stratégie de communication, pour que le monde entier parle des baptisés, et donc de l’Église ? L’idée n’est pas mauvaise en soi, mais c’est justement ce qui était dénoncé dans l’homélie de Mgr Vingt-Trois lors des dernières ordinations sacerdotales à Paris :

La véritable réponse aux questions de ce monde n’est pas dans le même registre que celui des questionneurs. Ceux-ci sont tentés de mesurer l’authenticité de l’Église à l’aune des moyens de communication pour lesquels l’image construite et présentée compte plus que la réalité. Notre véritable réponse aux questions de ce monde n’est pas dans une stratégie de communication, elle est ici ce matin, dans cette cathédrale et sur son parvis. C’est l’Église toujours vivante malgré ses faiblesses et ses blessures, c’est l’Église fondée par le Christ, animée par son Esprit, l’Église sans cesse en croissance et en mouvement, l’Église mobilisée et passionnée par l’annonce de Jésus-Christ.

Il va donc sans dire que si cette « année des Baptisés » est purement évènementielle, elle sera inutile. On ne peut pas juger de la réussite de l’Église en fonction du nombre d’articles dans la presse, ni selon le nombre de personnes présentes dans les grands rassemblements (pèlerinages, JMJ…). Et puis ne doutons pas qu’à force de vouloir organiser des évènements, des années de ceci, des journées de cela, on rendra tout message inaudible (de la même manière qu’il existe des milliers de journées mondiales pour tout et n’importe quoi, et qu’au final, cela n’intéresse personne). En plus, on serait obligé de créer de plus en plus d’années dédiées à telle ou telle catégorie : après cette année des baptisés, nous aurions droit à des demandes pour « l’année des laïcs » (sans le clergé donc), puis « l’année des femmes » bien sûr, et tout cela compartimenterait et diviserait de plus en plus les catholiques, ce qui ne rendrait service à personne…

Je ne voyais donc pas trop l’intérêt d’une telle idée, mis à part de faire parler de la CCFB dans les médias. Et oui : lorsque les journalistes peuvent parler d’un mouvement un peu subversif au sein de l’Église, qui prend à partie le Pape en plus, ça fait toujours vendre… Cette idée me paraît donc être une stratégie de com’, non pas pour les Baptisés, mais uniquement pour « leur » Conférence.

III – Mieux qu’une année des baptisés…

Mais voilà, j’ai eu une illumination : parvenu à ce point de mon petit raisonnement, j’ai réalisé l’intérêt de cette année des baptisés, tout simplement en revenant à la lettre envoyée à Benoît XVI, sans tenter de lui coller à tout prix mes a priori sur la CCBF.

Tout baptisé a le devoir de comprendre que, plus que jamais, ce monde, notre monde, a besoin qu’on lui dise une espérance,  qu’on lui annonce qu’il y a un Dieu qui a souci de l’humanité, et que chaque créature est précieuse à ses yeux.

Comment ne pas souscrire à cette affirmation ?

Nous souhaitons aujourd’hui vous demander de nous soutenir dans cette voie en appelant chaque chrétien à entrer plus profondément dans le mystère de son baptême et à en vivre. Rappelez leur, rappelez nous, que la marque du baptême n’est pas seulement  la porte d’entrée dans la famille des enfants de Dieu, mais qu’elle est également un appel à connaître et à faire connaître le Christ

Un temps de méditation de l’Église toute entière sur la vocation propre du baptême donnerait l’occasion à la foule innombrable des baptisés de reconnaître la grandeur de sa dignité et de découvrir en elle la grâce d’annoncer les bienfaits de Dieu

Pour résumer, en relisant cette lettre sans les différentes réticences que j’ai exposées ci-dessus, elle est pleine de bonnes et de belles idées !

Il faut que les catholiques – moi le premier – se rendent compte qu’ils doivent vivre de leur baptême ! Il faut qu’ils acceptent totalement que le Christ leur donne sa Vie ! Ils doivent vivre de sa Parole (Dt 8, 3 ; Mt 4, 4) ! Je n’arrive pas à mettre suffisamment de points d’exclamation pour hurler cela…

Alors bien sûr, une méditation sur la vocation de tout baptisé est nécessaire, plus que jamais. Il faut une vraie prise de conscience de ce devoir de vivre du Christ (d’une manière intérieure) et de l’annoncer au monde qui nous entoure, à l’extérieur.

Et plus encore, il faut que nous prenions conscience que la vie dans le Christ n’est pas tant un devoir qu’un besoin immense : seul le Christ peut nous combler de joie et donner un sens à notre existence.

En fait, il y a une seule partie de la lettre qui me paraît maladroite :

nous nous permettons de vous suggérer de proclamer une « Année des baptisés », entre juin 2011 et juin  2012.

Puisque nous n’aurons jamais fini d’approfondir et de renforcer notre vocation de baptisé, la Vie dans le Christ, pourquoi se contenter d’une seule année des baptisés pour méditer sur ce mystère ? Une vie entière n’y suffirait même pas…

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Responses

  1. Je pourrais répondre à nombre de vos objections sur la CCBF, mais peu importe, je vous remercie d’avoir lu la lettre au Saint Père, tout simplement.
    Et vous avez raison, une vie entière ne suffira pas à approfondir le mystère de notre vocation. Nous aurons l’éternité pour ne pas nous y habituer et ne cesser d’en louer Dieu.
    Je suis heureuse,alors sans doute que nous divergeons sur beaucoup de points, que nous convergions sur l’essentiel.
    Bien fraternellement,
    Christine

    • Merci également à vous de m’avoir lu. Même si nous ne sommes pas en accord sur certains points du gouvernement de l’Église, il n’empêche que je rejoins plusieurs points développés dans votre lettre, et que je suis aussi assez admiratif de votre engagement, moi qui me contente trop souvent d’aller à la Messe sans m’impliquer plus que cela dans la vie de ma paroisse et de l’Église.
      Fraternellement,

  2. Bonjour,
    Il me semble que dans cette lettre envoyée par la CCBF, il est question non seulement d’une année des baptisés mais également d’une journée des baptisés (chaque année)dont l’objectif est, je suppose, de perpétuer la dynamique engagée et de prolonger, année après année, la méditation sur le baptême et ses conséquences missionnaires.
    Vous me direz évidemment que cela fait une fête de plus et qu’elle finira, avec le temps, par perdre sa force de proposition… mais même si cette proposition est « maladroite » elle répond en partie à votre crainte légitime.

    • Merci pour ce commentaire. Je trouve très classe qu’un cardinal lise mon blog 😉
      La réponse à votre remarque que je préparais devenait un peu trop longue, j’en ai donc fait un nouveau billet


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