Publié par : Goéland | 23 juillet 2010

Où l’on reparle des baptisés

Je réagis à un commentaire laissé sous mon billet sur l’année des baptisés par Bérulle (Pas celui de l’Oratoire j’imagine, mais celui-là… Peu importe, j’ai des commentateurs très haut placés !), commentaire qui m’a fait réfléchir et qui m’a permis de découvrir un nouvel aspect de cette demande d’une « année des baptisés ».

Il me semble que dans cette lettre envoyée par la CCBF, il est question non seulement d’une année des baptisés mais également d’une journée des baptisés (chaque année) dont l’objectif est, je suppose, de perpétuer la dynamique engagée et de prolonger, année après année, la méditation sur le baptême et ses conséquences missionnaires.
Vous me direz évidemment que cela fait une fête de plus et qu’elle finira, avec le temps, par perdre sa force de proposition… mais même si cette proposition est « maladroite » elle répond en partie à votre crainte légitime.

Il est vrai que cette journée des baptisés ne me plaît pas plus en effet que l’année des baptisés.

Comme je l’ai dit, je ne crois pas qu’il faille créer des fêtes, des journées ou des années pour les différentes catégories de fidèles qui existent dans l’Église.

Entendons-nous bien : tous les membres de l’église sont bien sûr des baptisés, mais je trouve le risque assez élevé que cette journée des baptisés se transforme en journée des laïcs. On crée ainsi petit à petit des divisions au sein du Corps de l’Église, en répartissant les gens en diverses catégories. Or, nous avons suffisamment de travail (avec l’aide de l’Esprit-Saint heureusement) pour unir l’Église, à l’intérieur et à l’extérieur, et en faire ainsi un Corps parfait. Pas la peine de se compliquer la tâche en créant des subdivisions supplémentaires…

De plus, je ne vois pas d’exemples de « fête des chrétiens » dans l’Église. Ce ne sont jamais les chrétiens de l’Église militante que l’on fête, mais ceux de l’Église glorieuse, parce qu’ils voient Dieu et qu’ils sont des modèles et des intercesseurs pour nous. Il n’y a pas de fête des prêtres ou des religieux, ni de fête du Pape (c’est dire, alors que les cathos sont sensés être papistes !). De même, il n’y a pas eu d’année des prêtres, mais une année sacerdotale, c’est-à-dire l’occasion pour toute l’Église (et pas seulement les prêtres) de rentrer plus avant dans le mystère et la beauté du sacerdoce.

Alors à la limite, si on voulait vraiment donner une suite à la demande de la CCBF il pourrait y avoir une année du baptême, pour que l’ensemble des Chrétiens puisse se replonger (le terme est particulièrement approprié) dans le sacrement du baptême, pour prendre pleinement conscience de sa beauté, de ses exigences aussi, et surtout de l’Amour immense de Dieu qui fait de nous ses enfants ! Et Benoît XVI pourrait aussi établir une année particulière pour chaque sacrement, mais cela ne me semble pas forcément adéquat : les chrétiens doivent vivre des sacrements dans toute leur vie, et non seulement pendant une année.

Je crois d’ailleurs que c’est justement pour cette raison que le Saint-Père a organisé cette année sacerdotale : non pas pour les prêtres, mais pour les laïcs. C’est en effet le sacrement que la plupart d’entre eux ne recevront jamais, ils n’en vivront pas les effets ni les grâces dans leur propre existence. Ils ne peuvent que l’observer de l’extérieur en quelque sorte. D’où la nécessité de leur en parler, et de leur montrer l’image du prêtre comme serviteur et comme pasteur de ses frères.

Quoi qu’il en soit, si une année pour chaque sacrement est envisageable[1], une « année des baptisés » est à mon avis à exclure.

J’ai évidemment les mêmes réticences en ce qui concerne la « journée des baptisés ». La journée du baptême, quant à elle, existe déjà ; on n’a même que l’embarras du choix :

  • Le Baptême du Christ, le premier dimanche qui suit l’épiphanie ;
  • La fête de Pâques, tout simplement, puisque c’est le jour choisi pour célébrer le Baptême des catéchumènes, et au cours duquel l’ensemble de la communauté ecclésiale renouvelle sa profession de Foi et est à nouveau aspergée de l’eau baptismale.
  • La Saint-Jean, le 24 juin, pour fêter la naissance de Saint Jean-Baptiste. C’est la solution que semblait préférer la CCFB, bien que le Baptême de Jean ne soit pas celui de l’Eglise (voir ici). Pour faire un peu de mauvais esprit, je dirais que si cette date est préférée par la CCFB, c’est qu’il est plus facile d’organiser une fête des baptisés avec pique-nique à la sortie de la messe à cette période de l’année, plutôt qu’en janvier ou en avril…

[1] A mon avis, on risque de ne pas intéresser grand monde lors de l’année sur le Sacrement des malades, aussi important soit-il, mais bon…

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Responses

  1. très bien analysé!

    d’autant plus que la conférence des baptisé-e-s s’est précisément fondée sur une idée qui ressemble à une « lutte des classes » entre prêtres et laïcs (rien que le nom, comme un « négatif » de la « conférence des évêques de France »), et que cette demande fait encore trop référence à cette recherche de conflit.

    On n’avancera pas tant que certains ne voudront pas qu’on avance ensemble et refuseront de se faire confiance les uns aux autres, comme à des frères.

    Oui, on ne fête pas le Pape ni aucun vivant, parce qu’on est encore tous imparfaits; (en plus, ce serait bien présomptueux de se réclamer une fête pour soi même).

    c’est très bien de le souligner.

    • Merci ! On ne fête pas les vivants, mais on peut prier pour eux par contre (il y a bien des journées des vocations, de l’unité des chrétiens…), et il faut en particulier prier pour que l’ensemble des baptisés prenne conscience de sa mission… parce qu’il y a du boulot !

    • Conférence des baptisé-e-s :
      Lutte des classes entre prêtres et laïcs dites-vous? Les prêtres ne seraient-ils donc pas des baptisés, les évêques, non plus ?
      Je vois là plutôt un rassemblement : Tous les baptisés, donnons-nous la main et avançons ensemble. Faisons-nous confiance les uns les autres. Parlons ensemble.
      Découvrons ensemble la mission que nous avons tous reçue au baptême, et cherchons (ensemble) comment nous pouvons y répondre, en adultes que nous sommes devenus.

  2. Cher ami,
    Vous ne faites pas du tout de mauvais esprit, si nous avons plutôt choisi la Saint Jean-Baptiste, c’est pour bénéficier d’un fête d’été, que voulez-vous, on ne se refait pas, nous sommes des filles… avec un solide sens pratique! Parce que la théologie, c’est bien, mais nous ne sommes que des hommes et des femmes, qui mangent, boivent, respirent, ont des rythmes de vie, biologiques, saisonniers. On ne vit pas dans les concepts. Nous fêtons bien nos anniversaires, par exemple, notre anniversaire de mariage. Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas mariés toute l’année. J’aimerais que nous fêtions notre anniversaire de baptême, que nous nous le souhaitions les uns aux autres, mais malheureusement, nous en connaissons à peine la date. Aussi, cette fête annuelle pourrait s’y substituer. Ce serait aussi l’occasion de rendre grâce à nos parrains et marraines, à nos parents qui nous ont élevés dans la foi, à ceux qui ont été des témoins importants. On pourrait aussi fêter nos filleuls. Et évidemment, ce serait une célébration particulière d’action de Grâce pour le don que Dieu nous fait de sa vie par le baptême. Voilà, un peu « en vrac », des idées pratiques pour que nous prenions, reprenions conscience de notre baptême.
    Bien amicalement
    Christine


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