Publié par : Goéland | 2 juin 2011

Les bonnes idées du Sénat

Le Sénat a adopté il y a deux jours une résolution pour demander « que la République française instaure une Journée nationale de la laïcité, garante de la cohésion républicaine ».

Cette proposition me réjouit. Vraiment.

Cette journée serait fixée au 9 décembre, date anniversaire de la promulgation de la loi de séparation des églises et de l’État. Pour mémoire, les premiers mots de cette loi étaient :

Article premier :

La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes…

14 mots qui ne me choquent pas : Dieu a voulu créer l’homme libre, et personne ne peut être forcé de croire en Lui s’il ne le veut pas. Cet article traduit, d’une certaine manière, ce principe dans la loi française, en faisant de la liberté religieuse – i.e. la liberté d’avoir une religion, de ne pas avoir de religion ou de douter – et de la laïcité – i.e. la neutralité religieuse – l’un des principes de base de l’État. Manifestement, le Sénat ne retient aujourd’hui que cet aspect de la loi de 1905, et c’est cela qui me réjouit. Voyez l’intervention de Jean-Pierre Sueur !

Ici ou là, j’ai pu entendre parler de « laïcité positive » ; mais si la laïcité est vécue dans l’esprit qui est le sien, elle est nécessairement positive.

Si même les sénateurs socialistes jugent que la laïcité ne peut être que positive, si même eux sont d’accord avec Benoît XVI, nous sommes sauvés ! Cela ne signifie-t-il pas qu’ils désavouent formellement l’anticléricalisme (et partant, l’antichristianisme) que l’on pouvait observer en France et qui se réclamait de la laïcité ? Cela ne signifie-t-il pas qu’ils ont oublié les conséquences néfastes de la loi de 1905 ?

Oui, souvenez-vous du premier article de la loi : le début était pas mal, mais passés les 14 premiers mots, ça se compliquait…

Article premier :

La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

L’ordre public.

En français-pas-langue-de-bois, on dit les finances publiques.

Parce que les 43 articles suivants avaient pour conséquences de cesser le versement des salaires des prêtres par l’Etat, ainsi que de spolier l’Eglise des biens qui lui  appartenaient. En premier lieu les bâtiments du culte – cathédrales, églises et chapelles – mais également écoles, couvents, orphelinats, séminaires, évêchés, presbytères, sans oublier le mobilier, les vases sacrés, les vêtements… Bref un joli petit trésor que l’État se constituait à moindre frais¹, sous prétexte de laïcité².

Alors si aujourd’hui, tous les hommes politiques s’accordent à penser que la laïcité ne peut être que saine, juste, positive, ouverte, alors je soutiens complètement cette Journée Nationale de la Laïcité.

Et si… Non, je ne peux pas croire que cela soit possible, les sénateurs qui ont soutenu ce texte ne pourraient pas être aussi mesquins, après de si belles déclarations d’intention… Si, mais alors ce n’est vraiment qu’une hypothèse, si cette journée sert à proclamer que les religions ne sont qu’une affaire personnelle, si elle limite la Foi au domaine privé, si elle interdit à l’Eglise de s’exprimer lorsqu’elle le juge utile, si on crée en fait une journée du laïcisme, alors…

… alors je me permettrait de faire remarquer que la loi française a accordé, pour toutes les grandes fêtes chrétiennes – Pâques, Ascension, Pentecôte, Assomption, Toussaint, Noël -, un jour férié. La laïcité républicaine, elle, n’a droit qu’à un pauvre jour non férié, non chômé.

Eglise 6 – Laïcisme 0


¹ Évidemment, les parlementaires ne pouvaient pas prévoir que cette spoliation serait sur le long terme un gouffre pour les finances publiques, car il faudrait payer l’entretien des bâtiments, leurs mises aux normes… Disons que quand on attaque l’Église, l’Église contre-attaque !

² Non qu’il n’y ait eu aucun motif anticlérical dans la loi de 1905. Mais il me semble que la loi de 1904 interdisant aux congrégations d’enseigner était beaucoup plus idéologique, donc beaucoup plus agressive contre l’Église.

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Responses

  1. Il me semble que le réel problème de fond de votre article est de se baser sur un socle d’idées actuelles pour juger de la loi de 1905. Seulement, la loi de 1905 qui a mené à la séparation des Églises et de l’État est inscrite dans une historicité.

    Oui, l’anticléricalisme et l’antichristianisme ont été très prégnants en France et particulièrement dans toute une partie de l’hémicycle à cette époque car en 1905, seule l’Église Catholique, ou de façon ultramajoritaire prenait part à la vie de la société française.

    Vous parlez de finances publiques ? Rien à voir à cette époque. La question était toute symbolique. Les parlementaires ne voulaient plus de lien entre l’État et Rome en tant qu’institution car ils trouvaient anormal de financer des prêtres qui s’opposaient à la République et à la démocratie. Il ne faut pas oublier qu’en 1905, la République n’a en réalité pas trente années de vie et qu’il faut attendre 1890 pour que le Vatican accepte un minimum l’idée de démocratie.

    Ainsi, je pense qu’effectivement aujourd’hui on ne crée pas de jour férié chômé car en 2011 nous avons des problématiques qui ne sont pas celles de 1905 où la question des fonds publics se posait pas ou largement moins.

    • Je ne nie pas les raisons politiques, ou idéologiques qui ont conduit à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Mais on ne m’empêchera pas de penser que l’Etat s’est constitué un magnifique trésor patrimonial, culturel et financier sur le dos de l’Eglise, et que cela a bien dû entrer en compte dans cette loi de 1905. Relisez cette loi (http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/eglise-etat/sommaire.asp) :

      les articles 1 & 2 énoncent des principes généraux.
      les articles 3 à 11 concernent les pensions et l’attribution des biens (des histoires de fric donc).
      Les articles 12 à 17 concernent la généreuse mise à disposition des bâtiments que l’Etat vient de s’approprier à leurs anciens propriétaires.
      Les articles 18 à 36 essaient de réorganiser l’Eglise, en créant des associations cultuelles (là, c’est clairement idéologique).
      Les articles 37 à 44 sont juste formels.

      Il me semble donc que l’aspect financier est au moins aussi important que l’idéologie.
      Imaginons que l’Etat décide aujourd’hui de confisquer toutes les églises construites depuis 1905, ainsi que les temples, les mosquées, les synagogues, les locaux des paroisses, des écoles privées confessionnelles, les hôpitaux, bref tout ce qui touche de près ou de loin à la religion. Cela sous le prétexte que les religions peuvent être un danger pour la République, ce qu’un bon nombre de parlementaires, notamment à gauche, semblent croire (M. Glavany et Mme Billard par exemple). On ne dirait pas que c’est du vol ?

      Après, si les sénateurs n’ont pas osé demander un jour férié, c’est peut-être pour éviter de sombrer dans le ridicule. Déjà qu’une journée de la laïcité, personne n’en a rien à faire, mais alors si en plus il avait fallu cesser de bosser pour cette lubie…

  2. Les religions ne demanderaient rien d’autre ! certes, elles n’ont pas eu le choix au départ mais il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, grâce à cela, c’est l’État qui paie les travaux de restauration des édifices de culte, qui dans le cas contraire auraient été fermés et vendus pour la plupart depuis bien longtemps par l’Église catholique.

    Pour le jour férié chômé, c’est un fait. Cependant, il ne serait pas inutile d’en faire un jour de réelle explication.

    Pour ce qui est de la loi de 1905, elle est comme toutes les autres lois que vous pouvez étudier. Les premiers articles sont de fond, les suivants sont de coordination. Il n’y a donc pas de réelle volonté de s’accaparer des biens pour en profiter. D’ailleurs, dès avant le vote de la loi de 1905 il était prévu d’allouer gratuitement les édifices du culte aux religions. On ne peut donc pas réellement dire qu’elles ont été spoliées.

    Par ailleurs, il faut remarquer que la nationalisation de toute une partie des biens de l’Église catholique par l’État est due au refus de celle-ci de reconnaître la loi de Séparation pendant des années.

    Preuve en est que les synagogues et les temples ont été en partie non pas nationalisés mais donnés directement aux associations cultuelles créées par ces religions.

    • Je considère tout de même que l’Etat a volé des bâtiments qui ne lui appartenaient pas, pour en profiter, au nom d’une laïcité qui était en fait un anticléricalisme. Cela s’est retourné contre lui au vu des frais qu’il engage aujourd’hui, vous me permettrez d’y voir une douce ironie, et une sorte de consolation.

      Quant à la nationalisation des biens du clergé (le seconde, la première datant de la Révolution), je comprends que l’Eglise s’y soit opposée, et qu’elle l’ait refusée en résistant à cette loi. Surtout vu la violence qui a été mise en oeuvre contre elle, notamment lors des expulsions des communautés religieuses dès 1904, ou lors des inventaires après 1906.

      Enfin, sur la journée de la laïcité, je l’ai dit, cette idée me réjouit (il n’y avait pas d’ironie dans mes propos !). A condition que cette laïcité soit la neutralité de l’Etat vis à vis de toutes les religions, et l’acceptation en même temps que la religion ne peut pas être un fait uniquement privé : si je suis croyant en privé, je veux pouvoir agir selon mes croyances en public, et non pas les laisser chez moi (ce que réclamaient encore des députés de gauche il y a quelques minutes à la tribune de l’Assemblée).


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