Publié par : Goéland | 6 juin 2011

Laïcité négative

Je reviens sur la laïcité, puisque pendant que le Sénat votait une résolution pour créer une journée nationale de la laïcité, l’Assemblée Nationale en votait une autre, basée sur le fameux débat de l’UMP sur la laïcité.

Autant ce débat me paraissait inutile et biaisé[1], autant la réaction de la gauche à cette résolution proposée par l’UMP est très éclairante. Le 31 mai, lors de la discussion sur ce texte et des explications de vote, on a eu droit à des phrases exceptionnelles des députés socialistes, notamment Jean Glavany. Je ne vous en donne que des extraits, mais ça ne change rien au propos.

J’en viens, monsieur Copé, au principal. Le principal, c’est cette satanée expression de liberté religieuse !Permettez-moi de commenter le titre de votre proposition de résolution : « Attachement au respect des principes de laïcité, fondement du pacte républicain » : jusqu’ici, tout va bien. Je continue : « et de liberté religieuse ». Mes chers collègues, pourquoi croyez-vous que le principe de liberté religieuse n’a jamais été intégré dans le droit républicain et laïc alors que c’est une vieille revendication de l’église catholique depuis 1905 ?

Monsieur Copé, je ne vous fais pas un procès d’intention. Ce que je vais vous dire va peut-être vous choquer, mais le principe de liberté religieuse est aussi une revendication de l’église de scientologie. C’est la vérité ! Et si les républicains ont refusé cette revendication, c’est que la liberté religieuse n’est pas un droit universel.

Pourquoi les républicains n’ont-ils jamais donné droit à cette revendication ? Parce que la liberté religieuse, c’est la liberté de croire. Mais il y a une autre liberté, c’est celle de ne pas croire, d’être athée ou agnostique. Les républicains ont inventé le merveilleux concept de la liberté de conscience, qui englobe la liberté religieuse et la liberté de ne pas croire.(Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)Si, monsieur Copé, vous réduisez le débat à la liberté religieuse, vous amputez la liberté de conscience. C’est ce qu’ont toujours affirmé les républicains. Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais il en est ainsi ! C’est pour cette raison que nous ne pouvons pas souscrire au principe de liberté religieuse.

Nous voterons contre ce texte, car il est contraire à la loi de 1905. Ce n’est pas un texte laïc, car il ne s’arrête pas à la liberté de conscience ; il veut imposer un concept de liberté religieuse qui a toujours été repoussé par les républicains et les laïcs.

Nous sommes toujours disposés à parler de la laïcité et à la défendre en tous lieux. C’est parce que votre proposition de résolution n’est pas de philosophie laïque et qu’elle est contraire à la loi de 1905 que nous voterons contre.

Certaines phrases là-dedans me choquent au premier abord, évidemment.

Mais je vais essayer de comprendre le raisonnement de Glavany. Il ne votera pas ce texte car il ne veut pas de liberté religieuse, qui est, selon lui, trop limitée par rapport à la liberté de conscience.

A mon avis, il joue trop sur les mots. Il va de soi que si l’athéisme n’a pas de rites[2], s’il n’a pas l’aspect cultuel d’une religion, il est tout de même une croyance, et peut donc être placé sur le même plan que les religions dans ce débat. Et c’est la même chose pour l’agnosticisme.

Si M. Glavany fait une telle distinction entre libertés de religion et de conscience, c’est qu’il considère surtout l’aspect cultuel et dogmatique des religions. Alors qu’elles sont avant tout spirituelles[3].

Mais surtout, en faisant cette distinction, il laisse entendre que la laïcité autorise la liberté de conscience, mais qu’elle est en revanche opposée à la liberté de religion, i.e. à la liberté de culte.

Or, si ma religion est avant tout spirituelle, elle est également un culte. Et ce culte, je veux pouvoir le célébrer dans des églises, ou même parfois dans la rue. Et si ma religion est avant tout spirituelle, il n’empêche que les principes spirituels qu’elle professe ont des conséquences dans mes opinions politiques. Et je défends ces principes au nom de ma Foi.

En fait, Glavany rejette les conséquences que peuvent avoir les croyances dans la vie quotidienne. Il veut limiter la religion au for interne : « croyez, mais gardez ça pour vous ! Que ça ne se voit pas[4], et qu’on en entende pas parler[5] ».

On a donc bien affaire à une laïcité qui refuse les religions, et non à une laïcité qui serait une neutralité de l’Etat pour que tous, quelle que soit leur croyance, puissent vivre ensemble en paix. Bref, il s’agit plus d’un laïcisme que d’une laïcité. Il est donc logique que les croyants, et notamment les catholiques, réclament une laïcité positive, saine, ouverte, qui respecte les religions, toutes les religions, au lieu d’essayer vde les bâillonner.

En ce sens, je tiens à souligner un autre passage de l’intervention de Jean Glavany :

M. Jean Glavany. Monsieur Copé, vous avez dit être disponible pour lutter contre tous les intégrismes. Chiche ! Car le problème est là. La laïcité n’a jamais été un combat contre les religions. La preuve en est que la loi de 1905 « garantit le libre exercice des cultes ». En revanche, elle est un combat contre les intégrismes et les fondamentalismes religieux, de toutes les religions.

Mme Martine Billard. Oui, c’est important de le souligner : de toutes les religions!

M. Jean Glavany. Si vous voulez lutter contre les intégrismes religieux, souscrivez donc à la proposition de loi que le groupe SRC vient de déposer sur le bureau de l’Assemblée nationale, afin de créer une commission d’enquête parlementaire sur les dérives intégristes de l’enseignement privé auprès de certains jeunes. Dans toutes les religions, il y a des dérives intégristes et l’Assemblée nationale, la République et l’État feraient bien d’aller voir de quoi il retourne. Car il s’agit, en l’occurrence, d’attaquer la conscience des plus fragiles d’entre nous, c’est-à-dire nos enfants.

La bonne blague.

Déjà, comme je l’ai montré, la liberté de culte garantie par la loi de 1905 est quand même soumise à des conditions drastiques. Cette laïcité que défendent les républicains est donc très fortement teintée d’anticléricalisme et d’antichristianisme.

Mais en plus, nous avons droit au grand laïus habituel sur l’intégrisme religieux de toutes les religions (oui, c’est important de le souligner, merci Mme Billard). D’abord, on chercherait en vain quelle menace représentent aujourd’hui les intégristes catholiques, protestants, juifs ou bouddhistes pour la France. Mis à part, à la limite, la menace pour les œuvres d’art blasphématoires.

Mais surtout, puisqu’il me semble que l’athéisme est une religion comme une autre, pourquoi ne pas parler des extrémistes athées ? En particulier de ceux qui, au nom de leur conception de la laïcité, refusent catégoriquement que leurs concitoyens vivent leur religion comme ils l’entendent ? Bref de ceux qui invoquent sans cesse la liberté de conscience et la tolérance, mais qui ne cessent d’attaquer ceux qui ont la Foi ?


 
[1] pourquoi parler autant de laïcité ? Est-elle menacée ? Alors qui sont ses adversaires ? Les religions ? Une religion en particulier ? Nommons-là dans ce cas, et résolvons avec elle les problèmes qu’elle crée. Pour ma part, je ne crois pas que la laïcité soit menacée, ni que les religions, quelles qu’elles soient, soient un danger pour la France aujourd’hui.
 
[2] en théorie du moins : on va peut-être créer une journée nationale de la laïcité… c’est peut-être un premier pas vers une fête religieuse athée ! Restera plus qu’à trouver des martyrs à canoniser, et à nommer Mme Peña-Ruiz grande prêtresse…
 
[3] Mais M. Glavany est loin d’être le seul. Les médias ne parlent que de la position de l’Eglise sur tel ou tel problème de mœurs, et jamais du point central : le Christ est ressuscité pour notre Salut.
 
[4] D’où les critiques récentes contre des processions chrétiennes dans les rues, alors qu’elles sont parfaitement légales et même déclarées en préfecture.
 
[5] Voyez le magnifique « ferme ta gueule » adressé par le Grand Orient de France à l’Eglise à propos de la bioéthique.
 
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Responses

  1. Au moins « l’intégrisme » catholique est-il facile à délimiter et à combattre : il se situe lui-même hors de l’Eglise catholique.
    Il en va différemment chez d’autres religions. D’où, à mon avis, la veulerie des politiques à les désigner nommément et à tenter de les endiguer…


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