Publié par : Goéland | 14 septembre 2011

Paraboles

J’ai l’impression, en suivant ces derniers jours les ultimes (?) discussions entre l’Eglise et la Fraternité Saint Pie X, de vivre plusieurs des paraboles que le Christ enseigne dans les Evangiles.

Si un homme possède cent brebis et que l’une d’entre elles s’égare, ne laissera-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans la montagne pour partir à la recherche de la brebis égarée ? Et, s’il parvient à la retrouver, amen, je vous le dis : il se réjouit pour elle plus que pour les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. Ainsi, votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu.

Mt 18, 12-14

A l’image de son Maître, quel exemple nous donne ces jours-ci Benoît XVI, Pasteur de l’Eglise, qui va chercher les brebis qui se sont égarées, qui se sont volontairement enfuies parce qu’elles se sentaient incomprises ! De quelle patience il fait preuve avec ces brebis récalcitrante, de quelle humilité aussi lorsqu’il se fait traiter de blasphémateur et qu’il persévère tout de même à recréer l’unité de l’Eglise… Et pourtant il se met en danger pour ramener ces brebis au bercail, parce qu’il est responsable d’eux aussi.

Et face à cela, Benoît XVI fait aussi face à l’attitude des fils fidèles qui n’ont jamais quitté l’Eglise, et qui voient le fils prodigue revenir après avoir fait tant souffrir leur père.

Le fils aîné était aux champs. A son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘C’est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a vu revenir son fils en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait. Mais il répliqua : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !’

Lc 15, 25-32


Pour être tout à fait franc, je me reconnais parfaitement dans cette attitude du fils aîné. Si je suis heureux que mes frères rentrent à la maison, je n’aimerais pas pour autant qu’on leur donne le statut canonique le plus avantageux, qui leur permettrait de s’ériger en parangon de la catholicité, en gardien des dogmes, et de donner des leçons au reste de l’Eglise. J’aimerais qu’ils demandent pardon pour le crime contre l’unité commis en 1988, et qu’ils soient reconnaissants de la main tendue inlassablement par le Saint-Siège. Mais je vois aussi ce que mon attitude peut avoir de mesquin et de méprisant…

Pris entre ces deux camps, entre ceux qui se veulent plus catholiques que le Pape et ceux qui se montrent peu accueillants, et face surtout aux innombrables enjeux politiques, liturgiques, dogmatiques, pastoraux… j’imagine les doutes que doit connaître Benoît XVI. Et je l’admire d’autant plus. Et j’espère de tout cœur que ses efforts porteront du fruit, comme ça a pu être le cas pour l’ouverture vers les Anglicans, et comme ce sera peut-être le cas un jour pour les orthodoxes.

Mais en attendant le dénouement de cette affaire, et la réponse qui sera apportée par la Fraternité Saint Pie X à la proposition du Saint-Siège, je tiens aussi à rappeler la suite immédiate de la parabole de la brebis perdue et retrouvée. En espérant que les discussions qui avaient lieu aujourd’hui ne finiront pas comme cela…

Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain.

Mt 18, 15-17

Publicités

Responses

  1. Être accueillant… Oui, mais il faut encore que ceux que l’on accueille ne s’annoncent pas en prenant le pari qu’ils vont t’apprendre à tenir la maison. Et quant au fils prodigue, dans le passage qui précède, de mémoire, il déclare : « j’ai pêché contre le Ciel et contre Toi ».

    Alors, ok pour faire l’effort de les accueillir mais bon, non, pas la parabole du fils prodigue 😉

    • Je n’ai cité que l’histoire du fils aîné (comme l’Abbé Grosjean sur twitter, je viens de le lire https://twitter.com/#!/abbegrosjean/status/114038425266569216).
      Mais j’espère moi aussi que les enfants prodigues auront la même attitude que cadet au début de la parabole… Donc je dirais plutôt : oui pour la parabole du fils prodigue, y compris pour la reconnaissance du pêché contre le Ciel et contre l’Eglise !

  2. Sur les textes « trop » connus, j’aime beaucoup utiliser l’approche dite narrative : on essaie d’oublier tout ce que l’on sait, et on s’accroche uniquement au texte. Pour le fils prodigue, par exemple, on essaie d’effacer Rembrandt de notre mémoire :).
    Quand le narrateur nous fait accéder à la pensée du prodigue (« rentrant en lui-même »), c’est juste « je vais lui dire », pas « je regrette ». La faim le pousse à trouver une solution, il apprend un petit laïus – bien troussé et propre à attendrir son père – par cœur, il part, et dès qu’il voit son père il commence à lui ressortir tel quel. À aucun moment il n’est précisé que le repentir est sincère, et le côté calculateur et intéressé est mis en valeur (d’une façon unique, me semble-t-il, dans les paraboles).
    Certes, la tradition nous a donné des lectures très différentes, et qu’il faut bien sûr garder en mémoire. Mais il me semble que le Christ insiste surtout sur la volonté de revenir, et pas sur la pureté des intentions (voire qu’Il insiste avec humour sur l’utilitarisme forcené du fils second). C’est d’ailleurs d’une formidable espérance pour nous ! D’ailleurs, quand on voit la réaction du fils aîné, on peut facilement imaginer une certaine arrogance provocatrice du prodigue une fois réintégré… mais là je ne suis plus dans l’approche narrative ;).
    Mgr Fellay a adressé au pape une supplique en décembre 2008. Il y manifeste sa volonté de revenir pleinement dans l’Église. Si le préambule doctrinal est accepté, nous verrons revenir la FSSPX, et nous serons probablement exaspérés par certaines déclarations triomphales. Que la Grâce de Dieu soit sur nous afin que notre réjouissance soit plus forte que notre exaspération !

    • L’idée est bonne, de faire attention au texte, et rien qu’à cela. Mais je vois quand même une réelle contrition du fils, qui est prêt à revenir comme un simple serviteur, même si ce retour est évidemment intéressé.Il regrette, parce qu’il a faim. Dans le cas présent, j’espère que les Lefebvristes regrettent parce qu’ils sont hors de la maison, hors de la Communion de l’Eglise, et que ça leur fait mal.
      Après, c’est vrai que j’aimerais voir ces évêques venir se mettre à genoux devant le Pape, habillés avec un sac, la corde autour du cou… J’aimerais qu’on évite de leur donner la plus belle robe, avec un anneau d’or… mais avec une telle attitude, je ressemble encore une fois au Fils aîné.
      Pour ma part, sur ces deux paraboles, plus celle de la drachme perdue, je relis Péguy, dans Le Porche du mystère de la deuxième vertu, les trois paraboles de l’Espérance. Il faudrait que je cite des pages et des pages de Péguy… Mais je retiens surtout qu’il y a plus de joie au Ciel pour une seule brebis retrouvée que pour quatre-vingt-dix-neuf brebis qui sont restées, bien obéissantes, près du pasteur.

  3. Qu’on ne s’y trompe pas : je ne suis pas opposé â la réintégration des intégristes, même si je crains fort que leurs propos soient préjudiciables à l’Eglise. Contrairement à certains, je pratiquerai l’obéissance.

    Mais je refuse de placer tout cela sous l’égide de la parabole du Fils prodigue.

    Il est déjà assez fort qu’on en soit à se satisfaire d’une absence de pureté des intentions. Admettons. Mais le fils prodigue a au moins le bon goût et le sens du respect suffisants pour ne pas accompagner sa démarche vers Père d’imprecations publiques. Peut-être faut-il accepter cela aussi – quoique : cf les précédents préambules doctrinaux – mais qu’on ne me dise pas que c’est le fils prodigue.

    • Dommage que ce ne soit pas cette parabole alors, j’aimais bien l’idée de la Fraternité Saint Pie X dépensant l’héritage avec des filles 🙂

  4. […] côté des blogs, L’Osservatore Gabbiano propose de voir cet épisode sous l’angle de la parabole du fils prodigue ; voilà une belle […]

  5. […] est une Grâce, et nous devons prier pour la maintenir. Nous devons, plus que jamais, soutenir Benoît XVI dans son entreprise périlleuse de […]

  6. Pour un bel exemple d’approche narrative, il est bon de lire le petit bijou du père Jean-Philippe Fabre « Comment Jésus pétrit Pierre ». C’est passionnant ! Et ce genre d’approche passe drôlement bien en KT (j’ai testé troisièmes et premières) : on leur fait lire les textes et en tirer tout ce qu’ils peuvent (en suggérant un peu aussi :)) en les arrêtant dès qu’ils n’assoient pas leurs assertions sur le texte. On arrive toujours à de belles choses, et à des renouvellements de lecture qui nous font nous-mêmes évoluer.

  7. Pouvez vous me contacter par mail ? Merci


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :