Publié par : Goéland | 19 avril 2012

Sept questions, sept réponses

Depuis mardi dernier, nous vivons, heure par heure, ce qui pourrait bien être le dénouement du schisme des groupes lefebvristes. A cette occasion, les réactions de joie ou de rejet, d’espoir ou de crainte ont été nombreuses.

Celle qui m’a le plus marquée est plus nuancée, et les questions qu’elle pose me semblent particulièrement bienvenues : voici donc mes propres réponses et réflexions à l’article de Jean-Pierre Denis.

Question n° 1 : Risque ou sécurité ? 

Tout à fait d’accord avec l’analyse de M. Denis : plus tôt la division de l’Eglise est combattue, meilleures sont les chances de la résorber.

Mon verdict provisoire : La détermination de Benoît XVI à vouloir faire revenir la FSSPX dans l’Eglise me paraît être la preuve d’une grande prudence de sa part. Il vaut mieux tendre la main, quitte à être incompris ou déçu, plutôt que de risquer, en ne faisant rien, de perdre à jamais ces chrétiens.

Question n° 2 : Triomphalisme ou repentance ?

Je ne partage pas l’avis de Jean-Pierre Denis sur la parabole du fils prodigue.

Certes, j’aimerais, moi aussi, voir plus de repentance chez les lefebvristes. En fait, je rêve même de voir leurs évêques en haillons, la tête couverte de cendres, la corde autour du cou, sur la place Saint-Pierre.

Les Bourgeois de Calais de Rodin - Image wikipedia

Quelque chose comme ça, simple et de bon goût.

J’aimerais surtout qu’ils évitent de trop la ramener, notamment sur Internet. J’aimerais même pouvoir leur dire :  « Ah, vous voyez bien que vous n’auriez pas dû quitter l’Eglise ! Maintenant, demandez-nous pardon de nous avoir insulté depuis 25 ans, à genoux, à nous qui sommes l’Eglise, à nous qui détenons la vérité ! » Mais bon : quelle est la part de mon orgueil là-dedans, de ma volonté de les humilier ? Tenir de tels propos aux lefebvristes – ce que j’aimerais, hein, vraiment !-, ne serait-ce pas un peu nous comporter d’une manière hautaine, méprisante  ? Un peu ce qu’on leur reproche en quelque sorte…

Plus raisonnablement, j’ai tendance à considérer que si la FSSPX a accepté d’engager des discussions avec le Saint-Siège, pour rentrer dans l’Eglise, c’est qu’elle devait avoir conscience qu’il lui manquait quelque chose. Il lui manquait d’être dans l’Eglise. Et elle savait que c’était une faute, un péché contre l’unité du Peuple de Dieu, donc contre Dieu.

Pour revenir à la parabole du fils prodigue, le Père l’a attendu longtemps ce fils ingrat. De même, depuis sept ans, le pape a guetté leur retour. Et dès que le Fils a commencé à revenir, alors « qu’il est encore loin« , le Père s’est précipité vers lui. De même, le pape s’est empressé d’ouvrir la porte, de libéraliser la forme extraordinaire de la messe, de lever les excommunications. Et le Fils s’est excusé : « J’ai péché contre le ciel et contre toi« . Il ne l’a pas fait auprès de son grand frère, qui avait dû pourtant souffrir de son départ. Je n’attends donc pas d’excuses des schismatiques qui reviennent à la maison. C’est entre eux et Dieu que ça se passe, avec Benoît XVI qui joue son rôle de pontife, qui fait le pont entre les deux. Moi, je n’ai pas à connaître le contenu de leur confession.

Et puis, dans cette parabole, les deux fils font le même péché : ils n’ont pas confiance en leur père. Ne soyons donc pas comme l’aîné, ne nous mettons pas en colère de voir le prodigue accueilli avec ce qui peut sembler être des conditions trop généreuses, veau gras ou prélature personnelle. Soyons plutôt comme le serviteur qui obéit et qui va tuer sa plus belle bête, pour ce fils qui ne la mérite pas. Faisons confiance au Père, c’est-à-dire au pape, mais surtout à Dieu. Lui saura bien toucher le coeur de ceux qui reviennent à la maison. Il saura bien le montrer leur péché, et le leur faire sincèrement regretter. Et tant pis si ces regrets ne sont pas publics et humiliants !

Par contre, j’aimerais éviter que le fils prodigue s’érige en donneur de leçons. Le fils aîné n’a pas été parfait. Lui aussi a pu connaître des errements (liturgiques notamment). Je me doute bien, cependant, que le fils cadet ne pourra pas s’empêcher d’ouvrir sa grande g… Dans ce cas, je compte sur le Père (ou, plus concrètement, sur le pape) pour lui remettre les pendules à l’heure.

Mon verdict provisoire : Ne soyons bien sûr pas naïfs (mais le pape m’a l’air d’être un type plutôt intelligent, alors ça devrait aller), mais ne cherchons pas non plus à nous venger de ceux qui ont péché. Et surtout, ayons confiance en Dieu.

Question n° 3 : Guerre ou paix ?  

Entièrement d’accord avec l’analyse de M. Denis : « Le temps joue en faveur de la grande Eglise, qui digère discrètement mais sûrement les rebelles qu’elle avale. » Et non seulement elle les intègre, mais en plus elle les corrige, elle soigne leurs défauts, et elle se soigne elle-même en même temps, pour devenir toujours plus sainte. S’il n’y avait pas eu l’arianisme, le nestorianisme ou le monophysisme dans les premiers siècles du christianisme, aurait-on prêté une telle attention à la nature du Christ ? Et aujourd’hui, si les discussions avec la Fraternité n’avaient pas eu lieu, s’interrogerait-on autant sur Vatican II, sur son sens profond, sur les excès qu’il y a pu avoir après le Concile, et également sur ce qui reste à accomplir pour le vivre vraiment?

Mon verdict provisoire : D’un mal, Dieu peut faire surgir un bien plus grand. A partir d’un schisme, Dieu peut renforcer l’unité, la sainteté et la fidélité de son Eglise.

Question n° 4 : Réaction ou capitulation ?    

Penser que Benoît XVI puisse être un traditionnaliste me paraît profondément absurde. Certes, je ne suis pas théologien, ou philosophe, mon impression est certainement trop superficielle. Mais il me semble qu’il invite sans cesse à lire ou à relire Vatican II, ainsi que les enseignements de ses prédécesseurs (regardez, par exemple les notes de sa dernière encyclique).

Mon verdict provisoire : Apparemment, après 50 ans, cette invitation à relire les textes de Vatican II a eu un effet sur ceux qui les avaient toujours refusés : ils doivent commencer à se rendre compte que ce n’était pas une rupture avec l’Eglise qui existait avant, mais une continuité, un développement inspiré par l’Esprit-Saint. Relisons donc les textes de ce Concile pour en apprécier la beauté et la grandeur, sans a priori. Et ce conseil vaut avant tout pour moi.

Question n° 5 : Unité ou éclatement ?   

Si seule une partie des membres de la FSSPX revient dans l’Eglise, mon premier sentiment serait de dire : « Tant pis pour les autres, s’ils veulent rester en-dehors, qu’ils aillent au Diable. » Mais justement. Ne les laissons pas se perdre, ne laissons aucun rester en-dehors. Ça ne veut pas dire qu’il faille accepter tous les compromis pour les ramener dans l’Eglise. Mais les laisser « aller au Diable« , ce serait justement faire gagner le Diviseur. Alors gardons toujours la porte ouverte. La politique que Jean-Pierre Denis trouve habile (« diviser pour régner, récupérer les récupérables, abandonner les autres à leur triste sort« ) n’a pas lieu d’être. Il faudra aller chercher toutes les brebis, celles qui se sont perdues de bonne foi, et même celles qui ont foncé, tête baissée, dans un précipice, en insultant le berger en même temps ! Les 99 brebis, qui se seront senties délaissées pendant que le pasteur sera aller chercher la centième, devront être patientes. Il faudra bien leur expliquer ce qui se joue. Et en terme de com’, l’Eglise devra assurer (il faut vraiment prier pour ça !). Mais c’est le boulot du pape d’aller chercher ceux qui s’étaient perdus, comme c’est son boulot de réorienter ceux qui défendent des thèses hasardeuses, avec douceur mais fermeté.

« L’image d’une Eglise cajolant ses extrémistes ne risque-t-elle pas de porter un terrible coup à l’évangélisation ? » Il me semble au contraire que des chrétiens qui arrêtent de se taper dessus pour des querelles remontant à un demi-siècle, et dont tout le monde en-dehors de l’Eglise se fout, ne peut que faire du bien à l’Eglise. Pour paraphraser un candidat à la présidentielle (avec un syntaxe hasardeuse), « une Eglise unie, rien ne lui résiste ! »

Mon verdict provisoire : Il y a du boulot pour la communication. Mais on doit être prêt à tout pour aller chercher cette tête de mule brebis qui s’est fourvoyée.

Question n° 6 : Intégrisme ou négationnisme ?  

« Le courant intégriste est complexe. Derrière le paravent de la liturgie se posent toutefois de fondamentales questions. Peut-on être catholique et négationniste comme Mgr Williamson ? » J’ai un scoop : on peut être catho et négationniste, ou catho et antisémite. C’est une belle connerie, mais c’est possible. Mais on peut aussi être catholique et assassin ! En généralisant, on peut être catholique et pécheur. D’ailleurs, tous les catholiques sont des pécheurs. Moi y compris. Par conséquent, j’aimerais mieux éviter qu’on nous jette tous hors de l’Eglise…

Je n’ai pas vraiment les mêmes préférences idéologiques que celles qui sont largement répandues chez les lefebvristes. Mais il ne me paraît pas opportun d’excommunier les gens pour leurs idées politiques, même si elles ne me paraissent pas respecter ce que dit l’Eglise. Sinon, pourquoi ne pas virer aussi les cathos avec Sarko, les Poissons roses

Quant à l’oecuménisme, au dialogue interreligieux, ce sont sans conteste des points importants, mais ce n’est pas non plus le coeur de notre foi ! Mes parents se souviennent d’avoir entendu, de la bouche de leur curé de paroisse : « Jésus est ressuscité… qu’est-ce qu’on en sait ? On était pas là !« , et à ce que j’en sais, ce prêtre n’a pas été prié de se taire par sa hiérarchie… Donc manifestement, on peut être dans l’Eglise et professer des énormités. Après, pour ce qui est de faire changer les lefebvristes d’avis sur la liberté de religion ou sur les autres sujets du même genre, j’ai confiance en la lente pédagogie de l’Eglise… ou en sa lente digestion, on appelle ça comme on veut !

Mon verdict provisoire : La bêtise humaine est sans limites, même chez les catholiques malheureusement. Alors Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils disent, et aide ton Eglise à faire rayonner la Vérité !

Question n° 7 : Tradition ou intégrisme ? 

Intégrer la FSSPX dans l’Eglise va forcer ses membres, qu’ils le veuillent ou non, à ne pas rester figés sur une période de l’histoire, mais à voir ce que le concile Vatican II a produit comme beaux fruits, notamment la forme ordinaire de la messe. A l’opposé, ils vont aider le reste de l’Eglise à voir la beauté de l’Eglise avant Vatican II (même si on n’a pas eu à les attendre pour le constater. Benoît XVI a joué, à cet égard, un rôle primordial). Encore une fois, intégrer les lefebvristes va les soigner et va aussi nous faire du bien.

Mon verdict provisoire : Comme le dit Jean-Pierre Denis, « pas d’affolement« .

***

Alors j’ai conscience d’être parfois très naïf, je sais que je vais me faire traiter de bisounours, que la bonne volonté ne suffira pas à régler tous les problèmes. J’ai conscience qu’il va y avoir du boulot, au plus haut niveau de l’Eglise comme dans nos paroisses, quand il faudra accueillir concrètement des lefebvristes. Je sais qu’il va falloir bousculer un peu les habitudes. Je sais qu’il va falloir faire preuve d’humilité quand nous devrons accueillir des gens qui ne se sont pas gênés pour taper sur notre Eglise, sur nos papes, sur la manière dont nous célébrons la messe. Mais il va leur en falloir aussi : ça fait quand même trente ans qu’ils se font traiter d’intégristes ou d’extrémistes par la presse catho (et ça continue aujourd’hui encore). Mais un peu d’humilité fera du bien à tout le monde.

Pour revenir aux paraboles de saint Luc, j’espère et je crois que nous allons vivre une grande joie quand les lefebvristes seront revenus au bercail, après près d’un quart de siècle de schisme ! « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. » Et que dire du jour où les protestants, les anglicans, les orthodoxes reviendront aussi ! Ce jour-là, quel témoignage donnera au monde l’unité du Peuple de Dieu, quel festin de l’évangélisation nous pourrons vivre !

J’ai hâte de pouvoir tuer le veau gras.

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Responses

  1. Spéciale dédicace à ton épouse : « bisou bisou gentil bisounours ! » (elle comprendra). Mais globalement je suis d’accord avec ton optimisme même si je comprends la réserve de J.P.Denis sur certains points ; dans l’absolu il se contredit lui-même en évoquant la force de digestion de l’Eglise sur le long terme pour certains points et non pour d’autres ! Et +1 pour la communication de l’Eglise à soigner : toujours le même talon d’Achille…

  2. Alléluia il est revenu parmi nous !!!

    Et en fanfare ne plus !

    Je propose de tuer le veau gras pour notre Goéland qui avait cessé de poster 😛

    Et sinon très bon billet, je partage ta vision béate [au sens très routier de « rempli par les Béatitudes^^] et espère beaucoup de la fin de ses scissions et des pardons nécessaires (je pense entre autre à certain dans la famille dont de moi…).

    FSS

    Amblonyx


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