Publié par : Goéland | 16 juin 2012

Centenaire

Parti le 14 juin 1912 de Paris, il avait rejoint Notre-Dame de Chartres deux jours plus tard, après avoir parcouru les routes de l’Ile de France et de la Beauce.

C’était il y a exactement 100 ans.

Il a écrit, à partir de ces trois jours, ce qui est pour moi son plus beau poème.

Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres :

Étoile de la mer voici la lourde nappe
Et la profonde houle et l’océan des blés
Et la mouvante écume et nos greniers comblés,
Voici votre regard sur cette immense chape

Je n’y connais rien en poésie. Je n’ai pas la culture nécessaire pour apprécier réellement, profondément, ce qu’il a écrit.  Mais l’immensité, l’éternité que je perçois dans ces vers me bouleverse.

Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre
Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux.
Mille ans de votre grâce on fait de ces travaux
Un reposoir sans fin pour l’âme solitaire.

En un siècle, les habitants ont changé dans tous les villages qu’il cite : Limours, Dourdan, le Gué de Longroi, et aussi ceux qu’il a dû traverser sans les nommer. Il n’y a plus de paysans, mais des agriculteurs. Plus de villageois, mais des rurbains qui bossent à Paris chaque jour. Mais si les villes, si les gens ont dû changer en un siècle, je ne pense pas que ce pays, lui, ait bougé. Cette terre reste la même, modelée par le travail des hommes, sous le regard de Notre-Dame.

Vous nous voyez marcher sur cette route droite,
Tout poudreux, tout crottés, la pluie entre les dents.
Sur ce large éventail ouvert à tous les vents
La route nationale est notre porte étroite.

Lui marchait seul, les chemins de Compostelle n’étaient pas balisés, le GR 20 n’était pas à la mode. Ça a bien changé : on ne peut plus se perdre ou marcher en solitaire sur les chemins du Puy ou de Vézelay, la route de Saint-Jacques est une autoroute à randonneurs… Il n’y a pourtant aucune différence entre un marcheur aujourd’hui, d’hier ou de jadis, s’il est un pèlerin, un routier, si c’est l’humilité qui le pousse sur les chemins – humilité face à une route, une nature plus grande que soi, ou face à Dieu -, et non un sportif, un touriste ou un tricheur.

Un homme de chez nous, de la glèbe féconde
A fait jaillir ici d’un seul enlèvement,
Et d’une seule source et d’un seul portement,
Vers votre assomption la flèche unique au monde.

Elle, elle n’a pas changé. Comme elle est fascinante, cette flèche, cette cathédrale qui surplombe tout, au pied de laquelle la ville est blottie, recueillie, auprès de laquelle elle se rassure, protégée. Quel repos, quelle douceur, quelle paix lorsque l’on est ainsi accueilli sous son ombre, sous le manteau de Marie.

Alors comment conclure mieux cette marche que par la fin de cette prière répétée, marmonnée, récitée, chantée, fredonnée, criée, soupirée inlassablement sur les routes de Beauce, cette prière qui sait si bien rythmer le pas et la pensée quand on s’y abandonne, cette prière à Notre-Dame, dont les six dernières strophes de la Présentation ne sont qu’un long et beau développement…

Et nunc et in hora, nous vous prions pour nous
Qui sommes plus grands sots que ce pauvre gamin,
Et sans doute moins purs et moins dans votre main,
Et moins acheminés vers vos sacrés genoux.

Quand nous aurons joué nos derniers personnages,
Quand nous aurons posé la cape et le manteau,
Quand nous aurons jeté le masque et le couteau,
Veuillez vous rappeler nos longs pèlerinages.

Quand nous retournerons en cette froide terre,
Ainsi qu’il fut prescrit pour le premier Adam,
Reine de Saint-Chéron, Saint-Arnould et Dourdan,
Veuillez vous rappeler ce chemin solitaire.

Quand on nous aura mis dans une étroite fosse,
Quand on aura sur nous dit l’absoute et la messe,
Veuillez vous rappeler, reine de la promesse,
Le long cheminement que nous faisons en Beauce.

Quand nous aurons quitté ce sac et cette corde,
Quand nous aurons tremblé nos derniers tremblements,
Quand nous aurons raclé nos derniers raclements,
Veuillez vous rappelez votre miséricorde.

Nous ne demandons rien, refuge du pécheur,
Que la dernière place en votre Purgatoire,
Pour pleurer longuement notre tragique histoire,
Et contempler de loin votre jeune splendeur.

Calvaire de Sours

La flèche irréprochable et qui ne peut faillir…

Merci, Charles Péguy, pour cette marche et cette prière, il y a un siècle.

Merci pour tout ceux que vous avez inspiré,  que vous avez conduit sur la Route, même si beaucoup de choses ont dû changer depuis…

Notre-Dame de Chartres, priez pour nous.

Faites de nous des pèlerins.

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