Publié par : Goéland | 15 mars 2013

Relecture d’une journée

Habemus papamD’abord l’attente, interminable. Ras le bol de regarder cette cheminée. On peut même pas dire qu’on prie en regardant ça, et en écoutant la musique d’ascenseur de Radio Vatican. Juste de l’impatience, de la fébrilité, de l’anxiété aussi… Qui pour remplacer Benoît ? De qui vais-je pouvoir me sentir aussi proche ? Impatience devant cette cheminée. La fumée noire de mardi, je m’y attendais. Evidemment. Mais j’ai quand même laissé la télé allumée toute la soirée. Au cas où. Peu avant huit heures, la pression est retombée.

Impatience mercredi aussi. Vers dix heures et demi, d’abord. Rien. Puis avant midi. Encore du noir. Les quelques goélands aperçus durant l’après-midi, et qui m’avaient déjà fait sourire lors de mon dernier voyage à Rome, ont bien permis de passer le temps… Mais cela ne diminue pas la tension. Et le manque. Qu’ils nous donnent un Pape ! Qu’ils ne se déchirent pas pendant des jours, des semaines ! Qu’ils ne fassent pas un compromis bancal ! Qu’ils ne se contentent pas d’un accord au rabais ! (On dirait des négociations syndicales lorsque j’en parle, mais ce genre de discussion, politique, était vraiment ma crainte.) De toutes façons, j’ai parié sur une élection jeudi matin. En n’osant pas croire à une élection dès mercredi, aussi rapide, aussi évidente que celle de Joseph Ratzinger. Dix-sept heures trente, toujours rien. Il va bien falloir quitter mon écran un quart d’heure quand même, si je veux rentrer chez moi…

Ouf, arrivé à la maison, toujours pas de Pape. Mon fils fait plusieurs fausses alertes. Fumée ! Fumée ! Quelle idée, aussi, de repasser en boucle la fumée noire de la matinée…  On expédie les bains, les repas. Et je tourne tout d’un coup la tête. J’ai raté les premières secondes, où les volutes s’élevaient, grises. Je ne vois que du blanc. J’appelle. Du blanc, du blanc. La Place toute entière qui crie. Puis, enfin, les cloches à la volée. Ils ont choisi. Mais qui ? Bien sûr, je m’étais déjà fait cette réflexion il y a huit ans. Pour la première fois, je m’apprêtais à découvrir un autre Pape. Je n’avais jamais connu que Jean-Paul… Et Il nous avait comblés. Mais cette fois ?…

On accélère le mouvement. Repas un peu brûlé, expédié. Ma femme qui revient du presbytère, nos prêtres viennent de faire sonner les cloches. Envie d’ouvrir les fenêtres pour laisser leur écho emplir la pièce. Dehors, quelques flocons, le froid mordant. On va éviter de rechopper la grippe. Dans le bar en face, les visages se penchent à la vitrine. Regardent les cloches, invisibles. Regards étonnés. Envie de crier. Vive le Pape. Quelques klaxons dehors.

S’habiller, préparer tout le monde, on file au presbytère. Accueillis par notre curé. De grandes chances pour qu’il ait déjà croisé le nouveau Pape, quand il était recteur du Sanctuaire. Pour l’instant, quelques paris, le champagne au frais, empêcher les deux grands de se prendre les pieds dans les câbles du projecteur. Le dernier s’est endormi, au milieu de la salle paroissiale qui se remplit peu à peu.

C’est reparti pour l’attente. Qui ? Qui… Qui vais-je pouvoir aimer et admirer autant ? De qui vais-je pouvoir aimer la voix et la douceur ? De qui vais-je pouvoir me moquer du goût – si allemand – pour les ornements un peu kitch ? Me moquer en tout respect filial…

Ah, ça bouge. Non. Si. Pas encore. Les gardes, les gendarmes, la foule. Les commentaires qu’on écoute plus. Les enfants qui courent. Regarder fixement les lourds rideaux rouge maintenant. Beau théâtre. Comment s’appellera-t-il, celui-là ? Benoît avait été une excellente surprise. Un nom si monastique m’avait comblé. Mais là ?

Les rideaux s’ouvrent… si ce n’est pas Tauran qui apparaît… Quelle tête il a, déjà ? Ah oui, c’est lui. Va-t-il nous refaire le coup des chers frères et sœurs en toutes les langues ? Non, même pas en latin. Ou alors je n’ai pas entendu. Voilà l’annonce…

Annuntio vobis

Et le silence total. Tout le monde sait ce qu’il va dire, et pourtant, on attend quand même qu’il le dise.

Gaudium magnum.

 C’est beau le latin. Les serments d’hier, lors de l’entrée dans la Sixtine, étaient beau aussi. 

Et ego… spondeo, voveo ac juro.

Sic me Deus adjuvet et haec Sancta Dei Evangelia quae manu mea tango.

Le cardinal continue.

Habemus Papam.

Je poursuis la phrase avec lui…

Eminentissimum ac reverendissimum Dominum, Dominum

Josephum

Georgium Marium

C’est qui ce George ? Regard vers le Père, qui essaie d’entendre la suite.

Sanctæ Romanæ Ecclesiæ Cardinalem Bergoglio

Un Italien ? Ils ont élu un Italien ? Et pas Scola ? Le nom a l’air de plus parler au Père…

Qui sibi nomen imposuit

Alors, quel nom ? Je penchais pour Grégoire…

Franciscum.

François ? sérieux ? Ouah… Mais euh, c’est qui alors Bergoglio ? Le Père dit que c’est un Sud-Américain. Brésilien ou Argentin. Il n’est jamais venu au Sanctuaire, mais a peut-être reçu les reliques il y a quelques années. Le portable dans la main, je cherche. Son visage. Buenos Aires. Un jésuite.

Un jésuite ? Clichés débiles sur les jésuites. Alors que le seul que je connaisse est extraordinaire. Déjà eu un Pape jésuite ? Non bien sûr. Regrets immédiats de ne pas avoir continué les miscellanées du conclave avec un billet sur les religieux devenus papes, comme prévu.

Bon maintenant, qu’il sorte, qu’on puisse le voir… Ah, quelques images de l’intérieur de la loggia. Mauvaise idée, l’effet  aurait été meilleur vu de l’extérieur  Comme ce que voit la foule qui a la chance d’être à Rome.  D’ailleurs, ces images n’ont durée que quelques secondes.

Les voilà. La Croix d’abord, comme toujours. Puis lui. Oh, tout en blanc ? C’est bien ce qu’on avait entraperçu. Timide sourire. Il a l’air impressionné. Faut dire qu’il y a du monde, et ça a l’air de faire du bruit. Il faut qu’il salue ? Qu’il lève les bras au ciel ? Pourquoi son visage me fait-il penser à Jean XXIII ?  Ah, j’ai entendu un autre le dire. Bizarre. Pourtant, il ne lui ressemble pas. Étrange impression : son visage, nouveau, jamais vu, me fait penser à un acteur qu’on aurait embauché pour jouer un rôle de Pape. Il va falloir que j’apprenne, que nous apprenions à le connaître et à l’aimer. Pas évident. En même temps, nous n’avons pas le choix*. Mais il est bon de ne pas toujours pouvoir choisir ceux que l’on va aimer. Comme une famille. Il est bon d’être parfois dépendant du choix des autres, du choix de Dieu.

Je ne comprends pas tout ce qu’il dit. Il y a du bruit, je n’entend pas les traductions. Belle idée de faire prier la foule. Pour Benoît en plus. Tenter de se souvenir des paroles du Notre Père et de l’Ave Maria en italien. Ça aurait été plus facile en latin. Mais bon, il est en Italie… Je ne comprends pas tout à son allocution. Je l’entends demander à la foule de prier Dieu de le bénir. Belle demande, très différente de demander à la foule de le bénir ! Bravo Saint-Père ! en même temps, qui suis-je pour dire au Pape ce qu’il doit faire ?…

Belle image, cette prosternation. Je dois me prosterner aussi, pour attraper les enfants qui se remettent à courir. Du coup, je suis à genoux. Ça tombe bien, il va bénir la foule. Pour la peine, je crois que la salle derrière moi est à genoux aussi. Je fais faire son signe de Croix à mon fils. Puis le mien.

Bonsoir, merci pour votre accueil.

Buenas… Buona notte !

Il est reparti. Beaux gestes, belle simplicité. Et François… Le seul Saint qu’on ait ajouté dans la litanie des Saints lors du baptême, il y a quinze jours. Forcément. François. Les louveteaux. Le foulard marron. Franz Stock. Assise…

Ça y est, nous avons un Pape ! Un Papa…

Un poids en moins sur le coeur. Fin de l’attente.

Dieu est bon…

*Authueil a presque évité le catho bashing. Bravo !

Mais quel dommage, un protestant qui ne croit pas que la Vérité existe. Mais le Christ est la Vérité ! Il existe ! Il n’est pas qu’un homme porteur d’un message… Nous ne Le détenons pas (Il n’est pas notre prisonnier), mais nous essayons de Le suivre !

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