Publié par : Goéland | 4 juillet 2013

Une impertinence si convenue…

Les poules étaient là les premières. Par deux fois, déjà, elles avaient pris leur quartiers en ville. Cette fois, depuis quelques jours, leurs œufs les accompagnent.

Colorées, vives, drôles, pleines de pêche et d’énergie, elles réveillent une ville au ciel un peu gris. C’est donc d’un œil plutôt amusé que j’ai vu l’art contemporain s’approprier le symbole de la Bresse.

Sauf qu’avec lard l’art contemporain, on n’est jamais déçu.

Dès lundi dernier, il y avait dans Le Progrès qui présentait la biennale un article où l’Artiste expliquait sa démarche :

Transsubstantiation, pureté… Un soupçon de blasphème pour ajouter à la rebellitude.

Immédiatement me vient à l’esprit que ce génie a oublié un fluide organique – ou plusieurs même, avec un peu d’imagination -, et une envie me prend soudain d’en enduire son chef-d’oeuvre. Malheureusement, ma religion étant la plus ringarde du monde, elle m’interdit catégoriquement de recouvrir de merde le travail de mon prochain. Pas tant par respect pour ce travail que par compassion envers les employés municipaux qui auraient dû nettoyer ce forfait.

« Pour te connaître », cher public, je te recouvre de sang et de sperme.
Mais je suis un artiste, alors ça va.

Le lendemain, en bas de chez moi, je découvre une seconde œuvre. Un œuf. Symbole à lui seul de la vulgarité dans laquelle peut tomber notre monde. Un œuf à string apparent. J’ai la chance de passer sur cette place – au demeurant, une des plus belles de la ville – chaque jour. Avec mes enfants. Je vous passe les explications qu’ils m’ont réclamées : « Mais Papa, il est bizarre cet œuf, pourquoi il est comme ça ? « . Je vous passe aussi ma joie face à la grimace de ma fille : « Mais c’est même pas beau !  »

Mais pourquoi met-on encore des jeans et des t-shirts ? Ces artistes sont d’un pudibond…

Permettez-moi juste d’insister sur ma vision de l’art, comme sommet d’une civilisation, comme révélateur de la vie, de la vitalité d’une société ; l’art qui doit émouvoir, montrer ce qu’il y a de beau, de vrai, de grand dans notre monde. L’art qui doit élever l’homme.

Et qui, là, se contente de l’avilir. De l’abaisser à des instincts, à des pulsions. Pulsion sexuelles, évidemment, pour avoir l’impression d’être libéré de ses tabous. L’artiste qui a choisi de se foutre – littéralement – de la gueule de son public, de ses concitoyens. On n’est pas loin du stade anal. Bref, l’art qui se complaît dans la médiocrité, dans la lie. L’art qui, faute de savoir créer, se contente de provoquer.

L’art qui veut être impertinent, rebelle, révolutionnaire, mais qui se contente de se prélasser dans une insolence paresseuse, déjà vue, médiocre et subventionnée.

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Responses

  1. Je trouve qu’il y a précisément lieu d’insister encore plus sur le côté déjà vu – mais alors là, vu un million de fois. Si au moins, une démarche uniquement provocatrice genre stade anal pouvait se prévaloir de l’originalité… Mais là, l’idée « géniale » de choquer le bourgeois mal à l’aise avec la chair en lui fichant du sang, du sperme et de l’excrément sous le nez, elle n’est pas seulement au ras des pâquerettes: elle est surtout aussi révolutionnaire qu’une promo sur l’huile solaire à Carrefour Chatelaillon-Plage un 15 août. Je me suis toujours demandé jusqu’à quel point ces Aaartistes sont sincères quand ils se proclament avant-gardistes, héros modernes, lumières de la vie des idées, avec des trucs pareils.

    • Oui, j’en viens presque à avoir pitié de l’artiste.

      Il croit être révolutionnaire en produisant les mêmes déchets que les autres ; il croit être intelligent en employant des termes savants, alors que de toute évidence, il ne comprend pas le sens de transsubstantiation et de catharsis (ses deux phrases pseudo philosophiques sont incompréhensibles).

      C’est au final assez déprimant…

  2. « Du sperme, du sang et de l’or »
    Nous voilà revenus au palais de Néron. Les ingrédients de la décadence, de la violence, de la corruption…
    Et ces types s’imaginent libre-penseurs avant-gardistes

    • Néron ? Je crois qu’on en est carrément à Héliogabale, là. Mais lui, même les Romains ont eu le bon goût de le liquider en vitesse. Nous, on érige des statues à sa gloire.

  3. Toute la question étant de savoir quelle signification donner à l’art ?
    Il semble que la composante de « maîtrise technique » comme peu en avoir un artisan (au sens originel du terme) ait été abandonnée. Ceci dit, cela est assez logique dans une société qui banni l’effort au profit d’une jouissance immédiate.
    A cela une volonté de démocratisation et d’égalitarisme considérés comme point de focale de l’action politique rend inconcevable la production d’oeuvre d’art qui soit construite sur la base de matériaux culturels dont l’acquisition nécessite une certaine éducation aujourd’hui elle-même remise en question.
    La notion de beau n’est plus audible dans une société où tout concept doit être relatif et remis en cause au gré d’une modernité toujours ouverte au changement et à une autre définition.
    Enfin la légitimité de l’art d’être au service d’une transcendance est à mettre en perspective avec l’incongruité même qu’il y a à évoquer l’idée de transcendance.
    Reste à savoir ce que ces abandons successifs laissent à l’art comme potentialité ?

  4. Quand ont-ils dit qu’ils cherchent à choquer ? Où avez-vous entendu dire que ce sont des avant-gardistes ? Personne ne le pense, ni vous ni eux. Vous êtes vous vraiment renseigné sur leur travail en dehors des propos transformés par une journaliste ?
    Vous qui avez la foi, posez-vous les bonnes questions. Lorsque ce plasticien travail les sécrétions il s’efface derrière ces images. Relisez Blaise Pascal et Ernest Hello. Comprenez que ses images sont acheiropoïètes. Et non rien de blasphématoires. Il fuit le simulacre auquel la société et l’art nous ont habitués. Vous faite un procès d’intention mais regardez ce que vous avez sous les yeux au lieu d’y voir ce qui vous arrange. De voir ce que vous voulez y voir et non pas ce qu’il vous montre. Son travail est tolérant, et c’est se qui semble tant vous manquer … on comprend alors pourquoi vous êtes tant opposé à son travail avec si peu d’argument.
    Vous êtes prisonnier du système que vous abhorrez. A toujours vouloir être, ou se sentir, en marge on fini par hurlez à qui veux l’entendre que nous sommes les victimes du siècle, vous êtes si peu crédible. Vous êtes dans la surenchère perpétuelle. Chacun se veut plus provocateur que l’autre … même de ceux qui ne le sont pas. Chacun veut dénoncer jusqu’à dénoncer l’indénonçable.

    • Vous avez raison, je vais me poser les bonnes questions. Quel est l’objectif de cet artiste ?
      « Mon but ? Créer l’attirance du spectateur avec l’or qui brille et la répulsion aussitôt qu’il se rend compte qu’il a en face de lui du sperme et du sang. »
      Ben voilà, l’artiste a expliqué ce qu’il voulait faire. Attirance et répulsion. Beau résumé de notre monde, non ?
      Quoi qu’il en soit, son objectif est atteint. Bravo.

  5. « article » sans intérêt dans le fond comme dans la forme, peut-être faudrait-il pour commencer vous déplacer pour voir l’ensemble des œuvres et pas seulement celle en bas de chez vous, ceci pour donner un minimum de valeur à votre avis, c’est ensuite une erreur de généraliser puisque chacun des artistes a travaillé différemment c’est un manque évident de respect, sans parler des droits pour les photos et sources… bref écrire un article de valeur demande un minimum d’effort et pas seulement de « belles » paroles sans intérêt qui ne portent pas à réflexion, là où certains de ces œufs poussent justement à se questionner.

    • Vous avez entièrement raison, j’aurais dû citer les auteurs de ces photos. C’est maintenant chose faite.
      Pour le reste, vous connaissez Bourg ? Vous imaginez que j’ai pu ne voir que deux de ces œuvres, vu la taille du centre-ville ? Le reste de la biennale me paraît amusant et sympathique. Mais pas de quoi crier au chef-d’oeuvre…
      Quant à la réflexion que veut susciter l’artiste, je n’y vois qu’un mélange de mot savants – catharsis, transsubstantiation -, et des citations de poète à tort et à travers… Bref, la bouillie à laquelle nous habitue trop souvent l’art contemporain.


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