Publié par : Goéland | 11 juin 2014

Se réjouir ou désespérer ?

Avec la fin du printemps reviennent, comme chaque année, les baptêmes d’enfants, les premières communions, les professions de foi, les confirmations. Autant de fêtes pour les garçons et filles qui vivent ces sacrements¹, de belles fêtes aussi pour les parents, frères et sœurs, grands-parents, parrains et marraines, oncles et tantes, cousins et cousines, qui prennent part à la célébration, avant d’aller prendre place à table.

Et nos églises sont combles pour ces occasions. Joie ! Plus une place assise près d’un quart d’heure avant le début de la célébration ! Mais la joie de voir la foule se presser dans l’église est – pour moi en tout cas – souvent gâchée…

Ils vont s’être mis sur leur trente-et-un. La petite Louane-Kenza aura une mini-robe de mariée, de ravissantes chaussures à talon roses, et sa maman l’aura si bien maquillée qu’elle brillera plus qu’un ostensoir. Tom-Ilyes, lui, portera fièrement un mini-costume blanc et ses plus belles Nike.

Les photographes seront de sortie. Prêts à tout pour saisir le moment suprême, celui ou leur neveu recevra le Corps du Christ dans ses mains. Et tant pis si, pour capturer cet instant unique, ils doivent enjamber les servants de messe, bousculer le chantre et monter sur l’autel.

Les cousins qu’on a traînés pour qu’ils viennent seront là aussi. Ils prendront place dans la nef, le temps de saluer en pouffant (« Eh, t’as vu, il a mis une robe ») Enzo-Nathan qui s’efforce de ne pas marcher sur son aube pendant la procession, avant de sortir discrètement de l’église au bout d’un quart d’heure (« Pfff, c’est vachement long leur truc… ») par la petite porte du fond, celle qui grince bien fort.

La petite porte du fond qui grince bien fort qui se rouvrira d’ailleurs quelques secondes plus tard, pour laisser passer les retardataires (« Je t’avais bien dit que ça commençait à 10 h, pas à 10 h 30 ! »).

Le tout au milieu des pleurs des bébés, des lectures-qu’on-ne-comprend-pas-parce-que-les-lecteurs-ne-savent-pas-lire, et du visage désespéré du prêtre qui cherche dans l’assemblée quelques têtes connues, quelques regards compatissants… Sans compter que ça va durer deux heures, et qu’on sera assis sur un prie-Dieu.

Ca fait beaucoup de raisons d’être énervé, et de lever les yeux au ciel, le dimanche d’avant, en lisant « Premières communions » dans les annonces paroissiales. Beaucoup de raisons d’essayer de se tirer pour le week-end (« Tiens, on irait pas chez tes parents la semaine prochaine ? »),  d’aller à la messe plut tôt (« Si on réveille les enfants à 6 h, je crois qu’on peut être à la messe de 8 h ! ») ou même de changer de paroisse pour l’occasion – mais généralement, ce sont aussi les premières communions dans l’autre paroisse ! Bref, beaucoup de raisons de désespérer…

Alors ?

Se réjouir d’une église pleine ? Ou désespérer d’une église pleine de gens qui n’ont rien à foutre de ce qui se passe ?

Se réjouir que l’Eglise arrive à attirer tant de monde ? Ou désespérer que les chrétiens n’arrivent pas à les intéresser à ce qui se vit vraiment dans les églises ?

Se réjouir que les sacrements soient encore des symboles qui marquent la vie les familles ? Ou désespérer parce que si personne ne prête attention au sens de ces symboles, ils sont voués à n’être que de pseudo-rites de passage, comme le bac, le service militaire la JAPD JDC ?

Se réjouir parce que les sacrements touchent le cœur de ces jeunes ? Ou désespérer parce que les fruits d’un sacrement qu’on ne reçoit que pour avoir des cadeaux sont forcément limités ?

Se réjouir d’avoir des jeunes qui grandissent dans la foi ? Ou se désespérer parce qu’en fait, ils n’auront jamais vraiment la foi ?

Ou se désespérer parce que ces enfants, habillés comme des clowns, qui n’ont rien écouté au caté, qui ne connaissent pas le début d’une prière par cœur, qui ne savent pas lire, qui font exprès de chanter faux², dont les familles sont insupportables, ces enfants, ils me donnent, dans leur faiblesse et leurs manques, un témoignage de foi que je ne suis même pas capable de voir, moi, le catho-bien-comme-il-faut, qui viens à la messe tous les dimanches, qui râle de voir mes petites habitudes perturbées, qui ne daigne même pas faire bon accueil à mes voisins qui mettent les pieds dans une église pour la première fois en dix ans³, parce que je sais qu’ils vont me saouler pendant toute la célébration ?

Se désespérer parce que, pauvre pharisien, je crois que ma foi est plus forte, plus belle, plus pure que la leur ?

Ou espérer au contraire, parce que ces gosses qui demandent le baptême, qui communient au Corps du Christ, qui proclament leur foi, sont quand même sacrément courageux ?

Espérer parce qu’ils me font prendre conscience du Bien que m’ont apporté ces sacrements, et laissent penser que ces enfants pourront aussi grandir dans la foi, grâce à eux ?

Espérer parce que l’Esprit trouve le moyen d’agir, malgré les chrétiens comme moi ?

—–

¹ Je sais, la profession de foi n’est pas un sacrement ! Mais comme en général, pour ces gosses, c’est aussi la deuxième communion, ça fait un sacrement quand même !

² En vrai, ils font exprès, hein ? C’est pas possible sinon…

³Vu la gueule que je tire pendant toute la messe, tu m’étonnes qu’ils ne viennent pas plus souvent…

 

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Responses

  1. J’aime beaucoup ! Tout à fait le cheminement dans ma tête. Très bel article

  2. Alalah! ^^ Tellement de questionnements…
    Et pourtant…
    En Nouvelle Calédonie, ça arrive beaucoup plus souvent, parce qu’il y a régulièrement des messes anniversaires de décès. Donc les gens (qui n’en ont rien à faire si je cite le texte) et qui joue du synthé affreux avec des chants qui font mal aux tympans, c’est beaucoup plus fréquent! 😛
    Mais c’est toujours une grâce de pouvoir, une fois l’an, laisser une petite place à l’action de Dieu, qui vient frapper à la porte des coeurs…
    Oui, il y a des rites de passage… mais oui, Dieu vient aussi dans ces moments-là…
    Oui il y a beaucoup de clinquant et d’inutile, d’énervant et de fatigant… mais oui, Dieu vient aussi interpeller là où on ne l’attend pas.
    Je crois… je crois qu’il va falloir mettre les lunettes de la Foi pour voir les chances qui se présentent avec le regard de Dieu, et non notre pauvre regard biaisé d’homme pharisaique, toujours pour citer le texte…
    Et oui! Joie de voir une place faite à Dieu!!!


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